Jusqu’où sont-ils prêts à aller ?

Jusqu’où sont-ils prêts à aller ? Quel est leur prix ? Chez les sportifs, les notions de coût et de sacrifice peuvent surprendre. Parfois choquer. En voici la preuve en 5 exemples.

« Si c’était à refaire, je le referais, sans changer la moindre chose. » Ce sont les mots de la légende du foot américain, Chris Carter. Elles font suite aux révélations de l’autopsie de l’ancien joueur des Patriots Aaron Hernandez, incarcéré pour homicide volontaire, qui s’est suicidé dans sa cellule en avril 2017. Alors qu’il était âgé de seulement 27 ans, les médecins lui ont découvert un niveau extrêmement avancé d’encéphalopathie traumatique chronique (ETC), une dégénérescence progressive des cellules cérébrales qui touche de nombreux athlètes passés par les rangs de la NFL…

Voici le genre de chocs que subissent les joueurs de football américain :

Sous le coup de l’émotion, Chris Carter a évoqué, au bord des larmes, le suicide et la descente aux enfers de trois de ses coéquipiers victimes d’ETC ainsi que la crainte de se voir lui, ou son fils qui joue au foot US, un jour touché par cette maladie. Pour autant, il ne balaye pas tout ce que son sport lui a donné : « Le football a donné un sens et un but à ma vie. Quand vous venez d’une zone difficile, quand vous appartenez à une minorité, quand votre environnement ne peut rien vous offrir, quelles sont les opportunités pour vous en sortir ? Le football en était une pour moi. Et malgré les risques d’ETC, il reste la meilleure alternative qu’on ne m’ait jamais offerte. Que serait ma vie sans le football ? Je suis terrifié rien que d’y penser. C’est le football qui m’a appris à être ponctuel, à être un homme, à me battre. C’est le football qui m’a permis de voyager, d’avoir un stade à mon nom, d’être aujourd’hui dans cette émission. C’est le football qui a fait sortir ma famille de la misère et payer des études à ma mère. Le football est la meilleure expérience que j’ai pu avoir dans ma vie et je ne changerais pas la moindre chose. J’accepte et suis prêt à en subir les conséquences. »

Au cours de son intervention, l’ancien receveur des Minnesota Vikings confie également le conflit qui l’habite : « J’ai coaché des jeunes qui jouent aujourd’hui en NFL, j’ai encouragé des gamins à jouer au football, j’ai convaincu des parents de laisser leurs fils jouer au football ! Et je continuerai à le faire alors que j’ai connaissance de tous ces risques. Je ne sais pas comment je dois me sentir… Je sais ce qui peut leur arriver, mais j’ai envie qu’ils puissent vivre le même rêve que moi. Parce que je sais que le jeu en vaut la chandelle. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point cette situation est dure pour moi. Ça me dévaste ! »

Le sport n’est pas toujours synonyme de passion, de combat, de détermination. Parfois, il n’est qu’avidité, tricherie et même pire encore… En effet, lors des Jeux paralympiques de Sydney en 2000, l’équipe espagnole de basket-ball remporte la médaille d’or en écrasant les favoris russes 87 à 63. Une victoire splendide qui ponctue la meilleure performance de l’histoire d’Espagne avec 107 médailles.

Problème, sur les 12 joueurs de la sélection, seulement deux possèdent un réel handicap mental. Un scandale révélé par l’un des athlètes lui-même, Carlos Ribagorda, alors journaliste infiltré pour le magazine Capital et en totale possession de ses capacités mentales : « Lors de la deuxième mi-temps du premier match contre la Chine, nous étions facilement en train de gagner de 30 points. L’entraîneur nous a alors dit, moitié rigolard moitié sérieux, de baisser un peu de pied, car sinon ça allait se voir… »

Laxisme

Pour être considéré comme déficient par le Comité paralympique et être autorisé à participer à la compétition de basket, il fallait avoir un QI inférieur à 70. Or, Carlos Ribagorda dénonce des contrôles bâclés qui frôlent le ridicule. Selon son récit, l’examen médical qu’il a subi s’est résumé à un test de pression sanguine après quelques pompes… Par ailleurs, ni la fédération ni le Comité n’ont vérifié la condition mentale des joueurs avant, pendant ou après les Jeux. Cette affaire a fait l’objet d’un procès dont le verdict est tombé en 2013 : sur les 19 personnes accusées, seul le président de la Fédération espagnole des sports pour les handicapés intellectuels (Feddi), Fernando Martin Vicente, a été reconnu coupable. Alors qu’il risquait une peine de deux ans d’emprisonnement, il n’a finalement écopé que d’une amende de 5 400 euros pour fraude et mensonge à laquelle s’ajoute le remboursement des subventions publiques versées par l’Espagne (142 355 euros).

Ce scandale a eu une telle ampleur que les déficients intellectuels se sont vus exclus des Jeux paralympiques d’Athènes (2004) et de Pékin (2008). Il leur a fallu attendre une décision de l’IPC (Comité paralympique internationale) en 2009 (56 voix pour, 43 contre, 7 absentions), pour pouvoir réintégrer la compétition, en 2012 lors des Jeux de Londres.

Le milieu sportif est bouleversé. L’annonce est d’une violence extrême. La jeune et prometteuse patineuse américaine Nancy Kerrigan (24 ans) vient d’être sauvagement attaquée par homme armé d’une matraque. On est alors en 1994, à quelques semaines du début des Jeux olympiques d’hiver de Lillehammer. Très rapidement, les investigations du FBI soupçonnent sa compatriote et surtout concurrente directe Tonya Harding. Le mobile ne fait aucun doute : empêcher Nancy Kerrigan de participer aux jeux norvégiens et tirer la couverture à elle.

Il faut dire qu’à l’époque, Nancy Kerrigan a le vent en poupe. Jeune, belle, rayonnante et portée par sa médaille de bronze à Albertville en 1992 (juste devant Tonya Harding), elle est la grande favorite pour décrocher le titre olympique à Lillehammer. De quoi attiser la jalousie de sa rivale Tonya Harding qui, si elle a été l’une des premières patineuses à réussir un triple axel en compétition, a disparu des radars depuis l’avènement de sa rivale.

Un feuilleton télévisé

C’est le 6 janvier 1994 que cette affaire rocambolesque prend forme. Ce jour-là, Nancy Kerrigan termine son entraînement tranquillement et prend le couloir de la Cobo Arena (Détroit) qui l’emmène vers son vestiaire. Tout à coup, un homme vêtu d’une capuche lui tombe dessus et frappe son genou droit – sa jambe d’appui – avant de s’enfuir en courant. Le visage déformé par la douleur, la jeune femme hurle dans les couloirs et somme le personnel présent d’arrêter son agresseur. En vain.

Miraculée, Nancy Kerrigan participe finalement aux Jeux olympiques de Lillehammer en pleine possession de ses moyens, échouant à la seconde place du podium, juste derrière l’inattendue Ukrainienne Oksana Baiul. Quant à Tonya Harding, tout s’enchaîne dans le mauvais sens. Embourbée dans une enquête dont l’étau se referme de plus en plus autour d’elle, elle cumule craquage mental et fautes techniques sur chacune de ses épreuves, la condamnant à une décevante 8e place.

Sextape

Dans le même temps, le FBI recueille rapidement des éléments-clés pour l’enquête. Tout semble s’être décidé… autour d’une table de cuisine ! Jeff Gillooly, ex-mari mais toujours compagnon et agent de Tonya Harding, et Shawn Eckhardt, le garde du corps de la championne, sont présents. C’est le second qui a tout enregistré. Sur les bandes-son, on peut entendre : « Pourquoi ne pas faire appel à un sniper ? » ou encore « Pourquoi ne pas lui sectionner le tendon d’Achille avec un couteau ? » Glaçant. Or, à défaut de pouvoir embaucher un professionnel pour sauver la carrière de leur protégée, les deux hommes se tournent vers Shane Stant, une petite frappe aux allures de bras cassé.

Le dénouement de cette histoire est tout aussi invraisemblable que sa genèse. Tonya Harding est condamnée à 90 000 euros d’amende et 500 heures de travaux d’intérêt général pour sa complicité dans l’agression de Nancy Kerrigan. Pour payer cette somme, la patineuse a l’idée abracadabrantesque de vendre la sextape de sa nuit de noces à un magazine pornographique… Pour la petite histoire, en 2002, elle se lance dans un tournoi de boxe entre célébrités et envoie au tapis Paula Jones, une des accusatrices de Bill Clinton pour harcèlement sexuel. Tonya Harding disputera six combats de boxe professionnelle entre 2003 et 2004, s’offrant même le luxe d’être sur le même gala que Mike Tyson pour sa première.

Il y a les gens normaux. Puis, il y a les autres. Ceux dont la détermination défie l’entendement et frôle parfois la folie. Ceux qui ne sont pas tout à fait « cablé » comme le commun des mortels. Ceux qui sont prêts à aller là où personne d’autre n’est encore allé juste pour assouvir leur passion. Dans cette catégorie, Alessandro Zanardi fait définitivement partie de ceux qui tiennent le haut du pavé. Car ce n’est pas à la portée de n’importe qui de passer de la Formule 1 au cyclisme handisport (4 titres paralympiques, 6 médailles), à la suite d’un dramatique accident qui le coupera littéralement en deux et le privera définitivement de l’usage de ses deux jambes. Récit.

Premières amours

Dans les années 1990, le natif de Bologne est connu de tous les fans de sport automobile. En effet, après avoir gravi un à un les échelons traditionnels de la course auto (karting, Formule 3, Formule 3000), il débarque à 24 ans en Formule 1 au sein de l’écurie Jordan. Minardi, Benetton et Lotus font ensuite appel à ses services, mais jamais l’Italien ne parviendra à convaincre le paddock, n’inscrivant qu’un petit point en 5 saisons de F1 pour 44 Grands Prix disputés.

C’est de l’autre côté de l’Atlantique qu’Alessandro Zanardi connaît le succès. Ses titres de champion de CART en 1997 et 1998 lui valent d’ailleurs d’être rappelé en 1999 en F1, par Franck Williams en personne qui garde de très bons souvenirs des champions CART (Jacques Villeneuve, champion du monde de F1 en 1997 avec Williams avait également été champion de CART deux ans plus tôt). Malheureusement, comme toutes ses expériences dans la catégorie reine des sports auto, celle-ci se solde par un nouvel échec, renvoyant le pilote transalpin à son championnat préféré.

Rebond

C’est là que le drame se produit. En septembre 2001, Alessandro Zanardi perd le contrôle de sa monoplace numéro 66 et se fait percuter à plus de 300 km/h. Un accident d’une violence inouïe. « Lorsque je me suis réveillé, ma femme Daniela était à mes côtés et m’a annoncé que je n’avais plus de jambes. Croyez-le ou non, pour moi, c’était une belle journée. J’étais en vie. Si avant mon accident j’avais croisé quelqu’un sans jambes, j’aurais dit “mieux vaut être mort qu’amputé”. Maintenant que j’ai perdu mes jambes, je réalise que l’essentiel est ailleurs », se remémore-t-il.

Si la rééducation s’avère délicate, il en faut plus pour abattre le champion italien. Deux ans après son accident, il revient sur les lieux du drame… pour boucler les 13 tours qu’il n’a jamais pu terminer lors de la course de 2001 en guise de pied de nez au destin ! À bord d’une monoplace spécialement adaptée avec des commandes au niveau du volant, il signe un temps canon qui lui aurait d’ailleurs permis de s’élancer en 5e place de la course officielle ! De quoi le persuader qu’un retour aux affaires est possible. À partir de 2004, il se lance donc dans la catégorie WTCC (Championnat d’Europe des voitures de tourisme). Une aventure qui durera 5 saisons pour 4 victoires.

Champion toute catégorie

En 2007, il commence son aventure dans le handisport en toute simplicité… par le marathon de New York ! Une course qu’il remportera en 2011. Le goût de la vitesse étant toujours présent, c’est logiquement qu’il s’engouffre dans sa nouvelle lubie : le cyclisme handisport. Il ramènera 6 médailles des Jeux paralympiques de 2012 et 2016, dont 4 titres (course en ligne 2012 et 2016, contre-la-montre individuel 2012, course en ligne relais par équipe 2016).

Mais ça serait mal connaître le champion que de penser qu’il s’arrête là. Complètement insatiable de sensations fortes, il prend part à 51 ans à une des courses les plus extrêmes du monde : l’Ironman (3,8 km de natation dans la Méditerranée, 180 kilomètres de vélo et un marathon). Fin septembre 2018, il vient à bout de cette épreuve folle après 8 heures 26 minutes et 6 secondes d’effort ! Et pour couronner le tout, il s’agit du record du monde de la discipline pour un athlète handicapé. Il y en a effectivement qui ne sont pas faits dans le même métal que les autres…

Il y a ceux qui courent après le succès, la reconnaissance, l’argent. Et il y a ceux qui courent pour les autres. C’est le cas de Christophe Santini. Sportif corse adepte des défis les plus relevés, rien n’est jamais trop gros pour lui : tour de Corse d’une traite (640 km en 21 heures et 41 minutes) ; 3 Ironman (3,8 km de natation dans la Méditerranée, 180 kilomètres de vélo et un marathon) en 3 jours ; traversée des États-Unis d’ouest en est (5 243 km) en 13 jours, etc.

Pourtant, à 48 ans, ce n’est pas pour sa gloire personnelle ou pour le buzz qu’il se démène tant. Tous les défis qu’il se fixe et les records qu’il a obtenus ont été réalisés au profit d’associations caritatives : le Téléthon, La Marie-Do qui lutte contre cancer, Un sourire, un espoir pour la vie au profit des enfants malades. C’est d’ailleurs pour cette dernière association qu’il a fait vivre à un jeune en situation de handicap… un Ironman complet ! En effet, en juin 2016, l’ambassadeur de la marque Puressentiel réalise le rêve de Kevin (23 ans, atteint d’atrophie cérébrale). Une première en Europe, directement inspirée du film De toutes nos forces (réalisé par Nils Tavernier, avec Jacques Gamblin).

L’état du dos de Christophe Santini après 6 jours de course dans le désert de l’Atacama, sous 40° et avec un sac 8kg.

Ironman à deux !

Déjà seul, l’Ironman n’est pas une mince affaire. Mais avec un jeune homme de 60 kilos sur les épaules – ce qui, avec la remorque, porte le tout à 80 kilos –, la situation se complique légèrement. Comment Christophe Santini a-t-il fait ? En tractant Kevin à l’aide d’un petit bateau gonflable lors de l’épreuve de natation, avec une petite remorque placée à l’avant lors de la course à vélo et enfin avec une poussette pendant le marathon. Élémentaire, non ? D’autant plus impressionnant qu’il a fallu ne pas tomber en dessous des temps éliminatoires, les organisateurs n’ayant pas accepté le moindre passe-droit. Mission réussie : 14 heures 30 minutes et 50 secondes.

Christophe Santini franchit la ligne d’arrivée de l’Ironman de Nice avec son équipier.

Véritable forçat de l’effort, le Corse ne s’est pas arrêté là. Pas du tout, même. Il vient tout juste de rentrer du Chili, où il a bouclé la deuxième étape du Grand Slam, une course de fou furieux qui consiste à traverser successivement 5 déserts : Gobi (Mongolie), Atacama (Chili), Antarctique, Nouvelle-Zélande et Sahara. Après seulement 6 semaines de repos, le champion de Porto-Vecchio remet le bleu de chauffe, direction l’Antarctique pour une course de 250 km sous – 45 °C. Le tout en autosuffisance et toujours en faveur de l’association Un sourire, un espoir pour la vie. À côté de ce genre d’initiatives, les médailles, titres et autres palmarès n’ont que bien peu de valeur…

Tombée dans la marmite de l’athlétisme lors des JO d’Atlanta grâce à Donovan Bailey, Michael Johnson, Marie-José Pérec et Carl Lewis, le journalisme est une façon pour moi de partager ma passion pour les aventures humaines dans le sport.

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