La Ligue 1 a-t-elle vraiment progressé ?

Affluences qui repartent à la hausse, attractivité en progrès… Le championnat de France est-il réellement sur la bonne voie ? Décryptage.

C’est un refrain redondant depuis plusieurs mois. Après des années de vaches maigres, illustrées par de piètres résultats sur la scène continentale, la Ligue 1 serait sur la voie de la rédemption. C’est en tout cas la teneur du message délivré depuis plusieurs mois par son directeur général Didier Quillot.

« La L1 est en train de devenir un grand championnat. Pour cela, il faut des stars, des buts, du spectacle, des affluences et des audiences », annonçait-il en août dernier. Neuf mois plus tard, qu’en est-il réellement ? Du côté de Didier Quillot, le discours n’a pas changé, le dirigeant se réjouissant de l’état de forme de la Ligue 1 lors de la dernière cérémonie des Trophées UNFP, le 13 mai dernier : « La Ligue 1 est devenue très spectaculaire cette saison. Notre championnat n’a plus rien à envier aux grands championnats européens. » Vraiment ?

Les indicateurs d’un spectacle en hausse sont là

L’arrivée de Neymar a fait basculer la L1 dans une autre dimension en termes de visibilité. Le Brésilien, ses 40 millions d’abonnés sur Twitter – soit 202 fois plus que la Ligue 1 (198 000 followers) – et son statut de star du foot mondial ont attiré le feu des projecteurs. Il serait toutefois naïf de se reposer uniquement sur lui pour espérer gagner en notoriété. Ainsi, Kylian Mbappé, Radamel Falcao, Mario Balotelli ou encore Memphis Depay contribuent aussi à maintenir sur le territoire un contingent de joueurs identifiés à l’international.

Disposer de têtes de gondole attractives est une chose, encore faut-il que le produit soit conforme à ce que laisse paraître la vitrine. Alors, si l’on considère les buts comme un vecteur de spectacle, la progression est incontestable : la moyenne de buts par match est passée de 2,45 en 2013-2014 à 2,72 cette année, avec la barre symbolique des 1 000 buts atteinte (1 033 au total). Un total qui place la Ligue 1 parmi les championnats les plus prolifiques du « Big 5 » en 2018, devant la Liga (2,63) et la Premier League (2,67) tout de même !

Source : Lfp.fr

Certes, le total peut paraître à première vue « biaisé » par la toute-puissance du PSG et ses 108 buts inscrits. Mais la tendance n’en demeure pas moins réelle. L’an passé, Monaco en avait déjà inscrit 107. Cette saison, l’OL a établi son record historique sur un exercice, avec 87 réalisations. Cette augmentation n’est donc pas la résultante d’un épiphénomène parisien, mais bien de l’ensemble des locomotives.

Même les « petites équipes » de L1 n’ont pas à rougir de leurs vertus offensives. À l’image de l’Angleterre et de l’Italie, près d’un tiers (7) des équipes qui évoluent en France affiche moins d’un but marqué par match en moyenne. Il n’y a qu’en Espagne (5) et en Allemagne (2)2 que les petits font mieux.

À lire aussi

Barça : un modèle en péril ?
Mondial 2026 : la Fifa passe au révélateur !
Mondial 2026 : la Fifa passe au révélateur

Un championnat plus compétitif ?

L’absence de concurrence a souvent été pointée du doigt. Paris plus puissant que tous, donc intouchable ? Une spécificité française, et un frein pour la compétitivité tricolore en Coupe d’Europe ? Sur les sept dernières saisons (période correspondant à la prise de fonction de QSI au Paris SG), la L1 a connu trois champions différents : Paris (2013, 2014, 2015, 2016, 2018), Montpellier (2012) et Monaco (2017). Sur la même période, l’Allemagne n’en a connu que deux, Dortmund (2012) et le Bayern Munich (2013, 2014, 2015, 2016, 2017, 2018). L’Italie, un seul, la Juventus (2012-2018). Si le niveau moyen des équipes est peut-être supérieur chez les Italiens et chez les Allemands, la concurrence pour le titre n’y apparaît pas forcément beaucoup plus féroce. Ce qui n’a empêché ni les Bavarois ni les Turinois de jouer les premiers rôles en C1.

L’OM a disputé cette saison la troisième finale de C3 de son histoire. Crédit : Ligue 1 Conforama.

Sur la scène continentale, indicateur roi sur le plan sportif, le regain est perceptible depuis deux saisons avec trois équipes en demi-finales de Coupe d’Europe, dont une finaliste : en 2017, Monaco (C1) et Lyon (C3) ont atteint le dernier carré tandis que l’OM s’est hissé cette année en finale de C3, battu par l’Atlético. Du côté de la capitale, le PSG, malgré le plafond de verre des quarts de finale, est désormais solidement installé dans le top 8 européen (7e au classement de l’UEFA). Ces résultats en progrès ont renforcé la place de la Ligue 1 à l’indice UEFA. Alors qu’elle craignait encore d’être reléguée à la 7e place par la Russie il y a trois saisons, la L1 s’est aujourd’hui installée à une solide 5e position, même si le quatuor de tête – Premier League, Serie A, Liga, Bundesliga – reste pour l’heure intouchable.

Une attractivité qui progresse

Un championnat plus attractif et spectaculaire se traduit, en théorie, dans les gradins. Partie de 18 868 spectateurs en 2011-2012, la L1 a régulièrement progressé pour attirer cette saison 22 438 spectateurs de moyenne. Un chiffre comparable à celui des deux dernières saisons, mais qu’il convient de nuancer. En effet, si la Ligue 1 présentait en 2017 le 4e taux de remplissage le plus important d’Europe – devant la Série A et la Liga (qui disposent toutefois de plus de « grands stades » que la France) –, elle ne représentait que la 6e affluence cumulée, derrière les 4 grands championnats… et le Championship (2e division anglaise) ! En gros, certes nos stades sont remplis, mais vu qu’ils sont plus petits que chez nos voisins, au final, la France a quand même moins de public qu’ailleurs. 

Kylian Mbappé a inscrit 13 buts et distribué 7 passes décisives cette saison. Crédit : Ligue 1 Conforama.

Il n’y a pas que les spectateurs qui scrutent le championnat de France avec plus d’attention. L’arrivée de QSI au Paris SG a donné des idées à d’autres investisseurs étrangers. Monaco (sous pavillon russe), Marseille (financé par un Américain) ou encore Lyon et Nice (qui bénéficient de financements venus de Chine) ont à leur tour ouvert leur capital. D’autres, comme Saint-Étienne ou Bordeaux, devraient d’ailleurs embrayer le pas. Une tendance complètement inenvisageable il y a encore 5 ans. Alors, comment expliquer que la Ligue 1 suscite les convoitises du monde entier ?

D’un point de vue économique, il faut se rendre compte que la Premier League apparaît déjà saturée par les investisseurs étrangers. Pour sa part, la Bundesliga demeure partiellement fermée (selon la règle du 50 + 1 qui interdit à un investisseur unique de posséder la majorité des parts d’un club) tandis que l’Espagne répond à un fonctionnement spécifique avec les socios. C’est donc avec les clubs de Serie A que ceux de Ligue 1 luttent actuellement pour tenter d’attirer ces investisseurs susceptibles de leur faire franchir un cap d’un point de vue financier.

Le PSG a tout raflé en France cette saison ; championnat, Coupe de la ligue et Coupe de France. Crédits : AFP Photo / Franck Fife.

Les droits TV comme curseur

La tentation d’investir est d’autant plus importante que la Ligue 1 possède une marge de progression non négligeable en termes de marketing et d’exposition à l’international. D’où la modification de la grille horaire type des matches pour la période 2020-2024, période pour laquelle l’appel d’offres des droits TV est ouvert. L’instauration d’un match chaque dimanche à 13 heures et le report du multiplex du samedi soir au dimanche (15 heures) s’inscrivent dans la logique d’acquérir une meilleure visibilité sur les marchés asiatique et américain. Or, ce choix s’effectue au détriment du monde amateur, dont la plupart des compétitions se disputent déjà le dimanche après-midi…

Peu importe, la LFP a déjà défini ses priorités : le prochain appel d’offres des droits du championnat. S’il est vrai que les finances de nos clubs sont extrêmement dépendantes de cette manne financière – ce qui peut justifier la priorité de la Ligue –, le véritable enjeu est ailleurs : ce montant déboursé par les diffuseurs constitue l’indicateur le plus explicite de la valeur du produit Ligue 1. La Ligue espère ainsi que les opérateurs en concurrence (beIN Sports, Canal+) feront grimper la facture à un montant minimum de 950 millions d’euros par saison. Plus que les 726 millions accordés pour 2016-2019. Et surtout, plus proche des montants empochés par les ligues voisines, la Liga (883 millions pour 2016-2019), la Série A (1,05 milliard pour 2018-2021), la Bundesliga (1,2 milliard pour 2017-2021) et la Premier League (2,3 milliards pour 2016-2019).

À côté de ça, l’opération conquête de la Ligue 1 en dehors des frontières se poursuit. Certains accords de diffusion ont déjà été revus à la hausse : Canal+ et le diffuseur Kwésé paieront 33 millions d’euros (contre 13 auparavant) pour la diffusion de la L1 sur l’ensemble de l’Afrique subsaharienne. Un accord existe également avec la Chine et CCTV, qui retransmettra jusqu’en 2021 deux matches par journée sur l’un de ses canaux. Autant d’éléments encore inconcevables sous la mandature de Frédéric Thiriez… Pour autant, s’il semble que la L1 ait pris la bonne voie, la route reste encore longue avant qu’elle puisse rivaliser avec les « gros » d’Europe.

Journaliste sport addict. A intégré le monde du show-business en se faisant passer pour Prince et désormais Lewis Hamilton.

  1. À noter que la Bundesliga se déroule dans un championnat à 18 clubs alors que tous les autres grands championnats sont à 20.
  2. À noter que la Bundesliga se déroule dans un championnat à 18 clubs alors que tous les autres grands championnats sont à 20.

Poster un Commentaire

avatar
  Suivre la conversation  
Me notifier des