Al Capone : d’ennemi public à supporteur numéro 1

Paris sportifs, matches truqués, dopage, rachats de clubs… Ce ne sont pas les portes d’entrée qui manquent aux organisations criminelles pour s’introduire dans le milieu sportif. Parfois pourtant, ces liaisons dangereuses, fruit d’une passion sans limites, dépassent la simple motivation financière. C’est le cas d’Al Capone – le célèbre parrain de Chicago pendant la Prohibition (1920-1933) – et des Cubs, la franchise de baseball de la ville.

Mort un 25 janvier, en 1947, – jour de l’envoi de notre newsletter « Quoi de neuf, docteur ? » –, Al Capone est inscrit dans la mémoire collective pour le massacre de la Saint-Valentin (1929), sa chute pour évasion fiscale et la célèbre scène du film Les Incorruptibles (réalisé par Brian De Palma).

Robert De Niro – qui incarne alors le gangster de Chicago – s’adresse à ses « collaborateurs » dans un monologue exposant une analogie entre le baseball et le travail en équipe… qui se conclut par le meurtre à coups de batte de baseball d’un des invités !

Un geste d’une violence folle, mais chargé en symbole. En effet, le réalisateur Brian De Palma sait qu’Al Capone consomme plus de baseball que d’alcool et qu’il s’intéresse, de manière générale, à tous les sports. Baseball, boxe, ou encore football américain. L’ancien ennemi public numéro 1 a d’ailleurs commencé sa « carrière » en tant que promoteur dans l’univers du noble art…

Al Capone (droite) partage l’entraînement du boxeur Jim Braddock (gauche). Crédit : DR.

À quelques mois d’avoir son équipe

Quand Al Capone se déplace pour voir jouer les Chicago Cubs, c’est toujours au premier rang qu’il s’installe, accompagné de son fils Sonny, de quelques bras droits et de son homme de main, le célèbre Jack « Machine Gun » McGurn. À ses côtés, on trouve parfois des avocats, des députés, des législateurs d’État et autres personnalités politiques.

Le gangster n’est pas n’importe quel supporteur. En raison de son statut et sa connaissance du baseball, il est souvent aperçu en train de discuter avec des joueurs et dirigeants de clubs. Comme en 1930, lors de la réception des Detroit Tigers par Chicago, quand une poignée de joueurs du Michigan sont reçus pendant une heure par le parrain de la ville, dans son bureau, uniquement pour parler de jeu !

Si les sceptiques pointeront ses velléités de corruption, la réalité semble toute autre puisque la plus folle rumeur qui a circulé concerne le rachat des Chicago Cubs par Al Capone ! Proche de Gabby Hartnett et Hack Wilson – les deux stars de l’équipe de baseball –, « Scarface » aurait effectivement planifié de racheter la franchise à la famille Wrigley, peu avant son arrestation pour fraude fiscale, en 1931. Plusieurs rumeurs font d’ailleurs état que, lors du procès qui l’enverra derrière les barreaux, il aurait été aperçu, assistant en catimini depuis les tribunes à des matches de football universitaires.

Le joueur des Cubs Gabby Hartnett signe une balle pour le fils d’Al Capone, installé aux côtés de son père et du politicien Roland V. Libonati. Crédit : DR.

Pour l’anecdote, le patron de la Ligue de baseball, Kenesaw Moutain Landis, n’appréciait pas de voir des joueurs fricoter avec Al Capone. Entre la sécurité rapprochée offerte à Hack Wilson et les discussions au bord du terrain avec Gabby Hartnett, c’en était trop pour Landis ! Il finit par craquer en 1931, lorsque Gabby Hartnett est pris en photo avec le mafieux pendant un match d’exhibition en faveur des chômeurs et des victimes de la Grande Dépression. Kenesaw Moutain Landis s’est alors empressé d’envoyer un télégraphe au joueur des Cubs, lui intimant de cesser d’être vu avec le gangster : « Tu n’es plus autorisé à prendre de photo avec Al Capone. » Ce à quoi Gabby Hartnett a répondu : « OK. Mais si tu ne veux pas que je prenne de photo avec Al Capone, tu iras le lui dire toi-même. »

Poster un Commentaire

avatar
  Suivre la conversation  
Me notifier des