Qui sont ces « Affranchis » du foot mondial ?

La Mano Negra (Romain Molina, éditions Hugo Doc) enquête sur ces personnages qui tirent les ficelles d’un football en proie à toutes les dérives du capitalisme.

Blanchiment d’argent, fonds d’investissement internationaux, sociétés-écrans, paradis fiscaux, cocktails empoisonnés, accidents d’hélicoptère douteux, trafic d’êtres humains, charters de prostituées et rails de cocaïne… La Mano Negra (éditions Hugo Doc, 281 pages), c’est le thriller de l’année. Écrit par Romain Molina, le livre raconte l’histoire tumultueuse des « super-agents », ces hommes mystérieux aux multiples passeports qui font et défont le monde. Mais attention ! Ici, on ne parle pas d’espions, d’agent 007 ou de Jason Bourne. Ici, on parle de football et d’individus qui, cigare en bouche, contrôlent dans les grandes largeurs le ballon rond sans que le grand public n’entende jamais parler d’eux.

Pini Zahavi, Kia Joorabchian, Boris Berezovsky, Juan Figer et Arkadi Patarkatsichvili. Ces noms ne vous disent probablement rien et pourtant, ce sont les hommes les plus puissants de la planète football ! Agents, conseillers, hommes d’affaires, ou encore oligarques, ils rivalisent d’influence pour façonner à leur guise le sport le plus populaire du monde.

Ça raconte quoi ?

Les 281 pages de La Mano Negra révèlent une enquête tentaculaire qui nous emmène aux quatre coins du globe, d’Israël en Uruguay en passant par les Balkans. Un véritable tour du monde où espionnage, géopolitique et corruption riment avec matches, transferts et passion.

Si on se doute bien que le football ne se limite pas à un ballon qui roule sur une pelouse, Romain Molina nous rappelle, en s’appuyant sur des documents sulfureux et explosifs, que la réalité dépasse (toujours) la fiction. À l’instar de ces mystérieuses compagnies situées dans les paradis fiscaux qui achètent, vendent et échangent les joueurs de football comme une vulgaire commode sur LeBonCoin. 

Boris Berezovsky, oligarque russe, fait partie de ces « super-agents » qui contrôlent l’envers du décor du football. Crédits : AFP, Odd Andersen.

Vous n’avez encore rien lu…

Romain Molina distille également quelques inédits comme les dessous rocambolesques du transfert de Neymar au PSG. Un feuilleton pas si hollywoodien dans la mesure où, en réalité, l’arrivée du Brésilien à Paris a été conclue des mois avant son officialisation par l’agent (ou mafieux) Pini Zahavi…

Tout dépend de quel côté de la ligne rouge on se trouve. Et c’est là que réside justement la substantifique moelle de La Mano Negra, qui dresse le portrait d’hommes à double visage, montrant patte blanche dans les cinq étoiles londoniens, parisiens ou moscovites. Au fil des chapitres, la vague des Football Leaks dévoilée par Mediapart en prend un coup. En effet, ces révélations ne divulguent finalement pas grand-chose du football d’aujourd’hui.

Non pas que le recrutement ethnique ne soit pas intéressant. Mais pour comprendre les dessous d’un transfert, d’un contrat ou d’un club, il faut creuser au-delà de l’argent. C’est ce que fait Romain Molina en expliquant le lien qui peut exister entre un milliardaire menacé de mort, un compte aux îles Vierges et un agent à l’influence colossale.

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Les personnages

« Je préfère mes chevaux aux joueurs. Ils ne signent pas de contrat et ils ne disent pas de la merde. »
Juan Figer, dit « Le Président », est considéré comme le doyen des agents. Il est l’homme à avoir accompli le plus de transactions dans l’histoire du football. Parmi ses clients, on retrouve Maradona, Pelé, Romario, Socrates et Neymar.

À propos des affaires qui impliquent des clubs de seconde division uruguayenne qui ont servi de passerelles aux trafics de Juan Figer pendant plus de 20 ans :

« Des dizaines de perquisitions et des centaines d’interrogatoires ont suivi. Selon les documents d’archives, ce réseau dépasse largement le football. Des complicités policières et politiques ont créé « un fléau » selon le député brésilien Jurandil Juarez. « C’est une réalité majeure et très préoccupante concernant l’immigration illégale de Brésiliens. Cela implique des prostituées, des transsexuels, un trafic de mineurs… » »

« Un témoin, décrit ainsi des charters à destination de la province de Malaga et de plusieurs régions italiennes, à bord desquels se côtoyaient prostituées et footballeurs mineurs, munis de leurs faux passeports. »

« Je ne suis plus un agent, je suis un propriétaire de joueurs. En réalité, ils sont à moi. »
Pini Zahavi, dit « La Main invisible », à Richard Scudamore, le directeur général du championnat anglais

« J’étais dans la maison d’Abramovitch (propriétaire du club de Chelsea, NDLR). Il y avait trois milliardaires dans la pièce, plus Pini et un avocat français. Ils ont appelé Netanyahou (le Premier ministre israélien, NDLR), puis le Congrès américain ! (…) Ce n’est pas House of Cards mais bien House of Zahavi. »
Raconte Teni Yerima, dit « Le Magicien », un agent africain qui possède également de nombreuses sociétés fourre-tout.

« Je sais que tu les aides. Je te regarde. J’écoute tes appels. Je contrôle ton Skype. Signé : Dr. Evil. »
Message envoyé par Boris Berezovsky, dit « Dr. Evil » ou « Le Génie du mal », à Ruslan Fomichev, un partenaire d’affaires de Roman Abramovitch.

« Les joueurs, ce sont les plus grosses prostituées qu’il puisse exister. Ils se vendent, te trahissent, veulent faire croquer leurs frères, leurs cousins ou je ne sais qui. Il y a des agents qui font pareil. C’est la jungle. Un jour, ça va se tirer dessus pour un transfert. Ça va se finir en règlement de comptes avec tout l’argent en jeu. »
Confessions d’un intermédiaire français

La Mano Negra, de Romain Molina (Hugo Doc, 2018), 281 pages, 17 euros.

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