Les Collègues : le navet boîte à souvenirs

Tourné durant le Mondial 1998, ce film de piètre qualité a le mérite de parler avec justesse de son époque.

Un nanar comme livre d’histoire ! Le film Les Collègues (1999) raconte la destinée d’un club amateur de Marseille, l’Espoir Club Boretti, qui joue sa survie économique dans un tournoi de quartier, la « Mondialette », qui lui permettrait de remporter 300 000 francs en cas de succès.

Alors soyons clairs, cette production est un navet : scènes mal cadrées, beaucoup de répliques inaudibles avec des acteurs qui n’articulent pas, une histoire simpliste et bourrée de clichés, etc. On sent le film de potes réalisé pour les potes. Du Mondial à l’échelle planétaire, on passe à la Mondialette à la sauce provençale. Pour autant, au-delà de ces aspects techniques, ce film en dit plus qu’il n’y paraît sur son époque.

Pourquoi il faut voir ce nanar

Si vous aimez le foot, si la période du Mondial 1998 vous emplit de nostalgie et si vous n’êtes pas allergique à Marseille et aux accents méridionaux, vous devez regarder cette comédie. Vous allez peut-être même l’apprécier. Parce que Les Collègues, c’est la France d’il y a 20 ans. Un peu comme un guide qui décrit l’ambiance d’une soirée, ce film indique la température du pays en 1998. En effet, à cette époque, le football a la cote. Il est synonyme d’euphorie et non pas de sport pourri par le fric.

D’autant que le film permet aussi d’entrevoir les prémices des dérives du foot-business avec quelques indices sur la dérégulation du marché des transferts. Dans Les Collègues, la signature à l’Espoir Club Boretti d’un gardien russe surdoué venu d’Oulan-Bator (Mongolie) grâce à un agent, ex-journaliste, évoque en filigrane l’arrivée de l’arrêt Bosman (1995) qui permet aux clubs de recruter dans le monde entier. La profession d’agent monte alors en puissance et on déniche un joueur comme un chercheur d’or trouve une pépite : plus la provenance est exotique, plus le coup est magistral.

Comment ce navet s’inscrit dans une tendance culturelle

Il faut se replacer dans le contexte. En 1998, la cité phocéenne est une actrice majeure de la Coupe du monde. Le stade Vélodrome accueille le premier match de l’équipe de France face à l’Afrique du Sud, le 12 juin 1998. Plusieurs joueurs de l’OM de 1998 et d’avant font également partie des Bleus champions du monde (Deschamps, Blanc, Desailly, Dugarry), sans parler de l’enfant du pays : Zinédine Zidane. Les Collègues s’engouffre à fond dans ce filon : le portrait géant de Zidane sur un mur de la ville est l’une des premières images du film, dont une partie est tournée durant le quart de finale Argentine-Pays-Bas avec des supporteurs des deux pays, figurants malgré eux.

Mais tout cela dépasse le cadre du ballon rond. En effet, à cette époque, il fait bon être marseillais et tous les pans de la culture française veulent crier leur amour de La Canebière. De la production grand public Taxi au film d’auteur récompensé aux César, Marius et Jeannette, en passant par le disque de diamant d’IAM pour son album L’École du micro d’argent, tout ce qui sort de Marseille cartonne. Et Les Collègues nous informe sur les tendances culturelles du pays de la fin des années 1990.

Comment Les Collègues abordent même la politique

Les Collègues, c’est un film qui reflète 1998, aussi dans ses aspects les moins roses : le démantèlement de l’État-providence s’accélère, le comptable public est plus regardant sur la dépense. Il s’agit alors de faire des économies et de fermer le robinet des subventions aux associations. Du coup, les clubs de foot non professionnels – pourtant très utiles pour animer la vie d’un quartier – sont les premiers touchés. Les difficultés financières de l’Espoir Club Boretti dans Les Collègues hypothèquent son avenir et font écho au quotidien de nombreuses équipes de foot amateur.

Les Collègues (1999), réalisé par Philippe Dajoux, avec Patrick Bosso et Joël Cantona (93 min)

Scribe foot sans situation. Fan de documentaires sur les koalas. N’aime pas la moralité. Préfère boire une pinte avec van Bommel que parler déontologie du journalisme avec Albert Londres.

Poster un Commentaire

avatar
  Suivre la conversation  
Me notifier des