Maradona-Kusturica, association de marginaux

En 2008, le réalisateur serbe a signé un documentaire de 90 minutes autour du « Pibe de Oro », présenté au Festival de Cannes.

Le synopsis

Complexe personnalité que celle du « Pibe de Oro », l’un des joueurs les plus talentueux de l’histoire, mais également l’un des plus fantasques. Durant trois années, le réalisateur serbe Emir Kusturica a tenté de décrypter les multiples facettes de l’individu : celle du génial footballeur, celle de l’opposant politique aux instincts révolutionnaires, et enfin la psychologie du père de famille, avec ce que furent ses forces et ses faiblesses. Plus documentaire que film – Kusturica est lui-même à la narration –, ce long-métrage a été présenté hors compétition lors du Festival de Cannes en 2008.

Pourquoi il faut le voir

Car le personnage de Maradona dépasse le simple cadre du football. Côté terrain, il ne faut pas s’attendre à de grandes découvertes : le film tourne autour de sa période faste, à savoir les années napolitaines et la Coupe du monde 1986. D’ailleurs, le fil directeur du film est articulé autour du fameux but inscrit de la main contre l’Angleterre et de sa dimension politique, à une époque où les deux pays sont opposés sur la thématique des Malouines, un archipel situé au large de l’Amérique du Sud revendiqué par l’Argentine, mais qui appartient au Royaume-Uni.

L’adoration quasi mystique que vouent les Argentins à leur idole est constamment retranscrite dans le documentaire de Kusturica, de l’existence d’une « église maradonienne » à la réaction du peuple lorsque le « Pibe » a été hospitalisé aux portes de la mort en 2004, à la suite d’un malaise cardiaque.

Plus intéressant, la structure du documentaire tourne autour d’une thématique politique, sociale et même historique. Diego Maradona et Emir Kusturica partagent une forme de défiance des standards qui régissent notre monde. « Cet homme potelé ressemble davantage à un révolutionnaire mexicain qu’à un génie du football », décrit d’ailleurs le réalisateur au moment de sa première rencontre avec lui. À cette époque, l’Argentin est déjà en croisade contre la politique américaine menée par l’administration de George W. Bush durant les années 2000. De tout temps, l’Argentin ne s’est jamais caché de son attirance pour Fidel Castro et les modèles politiques sud-américains, à l’image de ce tweet lâché en août 2017, pendant que le Venezuela s’englue dans une importante crise économique : « Vive Chávez. Vive Maduro. Vive la révolution. Vive les Vénézuéliens de pure souche » !

Bémol

Tout comme Maradona, Emir Kusturica s’est parfois distingué par ses prises de position, comme son soutien à Vladimir Poutine lors de la crise ukrainienne en 2014 ou, plus tôt, son refus de condamner les exactions de Slobodan Milosevic durant la guerre des Balkans. Les voir converser et échanger nous en apprend un peu plus sur la psychologie et les aspirations de ces deux personnages clivants.

Cependant, quelques aspects du film nous laissent sur notre faim. Certes, on se réjouit des quelques images « volées » de l’intimité du joueur, de sa jeunesse et même de l’homme fascinant que fut Diego Maradona. Mais la connivence qui se met en place entre lui et le réalisateur, conjuguée à la défiance de l’Argentin envers l’univers médiatique, exclut presque de facto toute forme d’investigation profonde sur ce que furent les folles années du joueur. Ses zones d’ombre (penchant pour la cocaïne, contrôle positif à l’éphédrine durant le Mondial 1994, manquements familiaux), si elles sont évoquées, ne sont que peu approfondies.

Le passage-clé

Emir Kusturica fait revenir Diego Maradona sur les terres d’un de ses plus beaux buts inscrits en Coupe d’Europe, au stade « Marakana » de Belgrade. Ce jour d’octobre 1982, l’Argentin y avait inscrit un somptueux lob qui avait contribué au succès du Barça (4-2) face à l’Étoile rouge. Plus de 25 ans après, Kusturica et Maradona rejouent l’instant de ce huitième de finale de la Coupe des Coupes. Alors qu’ils échangent quelques passes, le joueur et le réalisateur voient leur complicité s’étoffer.

« Maradona by Kusturica » (2008), par Emir Kusturica

Poster un Commentaire

avatar
  Suivre la conversation  
Me notifier des