Sneakers : des courts de tennis aux cours de prison

Puristes, hipsters, sportifs. La sneaker est devenue un accessoire iconique pour plusieurs générations. Retour sur une histoire qui a débuté au XIXe siècle.

La sneaker est incontournable. Sans même être un fétichiste du swoosh – la « virgule » de Nike – ou des trois bandes d’Adidas, on ne peut occulter son importance en 2018, à une époque où il est de bon ton de regarder ce que les autres portent aux pieds avant même de les regarder dans les yeux. Alors penser que la basket se limite à la pratique du sport serait une terrible erreur. La limiter à un accessoire à la mode et dont raffolent les hipsters serait également trop réducteur. Car aujourd’hui, jeunes et anciennes générations de tous les milieux sociaux se rassemblent autour de la sneaker, considérée comme le moyen d’expression et l’affirmation d’un mode de vie. De quoi se poser la question de sa genèse. Retour sur une histoire aux antipodes des usages de l’époque.

La révolution du caoutchouc

Tout part d’une innovation technologique. En 1839, Charles Goodyear – du nom du célèbre fabricant de pneus – invente un procédé pour vulcaniser le caoutchouc4. Le tennis, discipline alors en plein essor, voit une occasion en or dans cette nouvelle forme de caoutchouc, plus dur et résistant aux températures extrêmes. En effet, elle permet au futur sport de Rafa Nadal et de Roger Federer d’enclencher une mutation sans précédent : le tennis conquiert la cour d’Angleterre, les bourgeois d’Europe et traverse même l’Atlantique ! Le croquet5, sport fétiche et incontournable de la haute société de l’époque, est alors relégué au second plan.

Cette popularité est rendue possible par l’apparition de nouvelles technologies qui profitent au matériel des pratiquants6 : balle, raquette et… chaussures ! Ainsi, grâce à la fameuse découverte de Goodyear, les semelles peuvent désormais être produites en caoutchouc, ce qui augmente de manière considérable leur adhérence sur tous les terrains. Du coup, en 1868, la société Candde Manufacturing, basée à New Haven (États-Unis), lance la fabrication en série des premières chaussures de sport en toile dotées de semelles en caoutchouc. La sneaker est née.


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Les chaussures des voleurs

Pourtant, ces premières chaussures de sport en caoutchouc qui font le bonheur de la bourgeoisie sont très vite assimilées aux délinquants. Souples et ne produisant aucun bruit de pas, elles deviennent logiquement l’accessoire idéal pour les cambrioleurs, agresseurs et autres voleurs. C’est d’ailleurs ce qui leur a valu très rapidement l’appellation sneakers qui signifie « celui qui se faufile en douce ».

Pas du tout anecdotique, cette mauvaise réputation leur collera longtemps à la peau. Au point même qu’en 1979, le New York Times n’hésitera pas à titrer un de ses articles centraux : « For Joggers and Muggers, the Trendy Sneaker » (Pour les joggeurs et les agresseurs, la branchée sneaker). Quelques années plus tard, en 1986, le groupe de rap Run DMC ira jusqu’à écrire un morceau pour défendre ses paires d’Adidas Superstars avec le titre « My Adidas ». Ils écrivent notamment : « I wore my sneakers, but I’m not a sneak. » (Je porte des sneakers, mais ce n’est pas pour autant que je vais te prendre en traître)

Le groupe, pantalons noirs et blousons en cuir sur le dos, ne se séparait jamais de ses Superstars blanches sans lacets, clin d’œil subtil à l’univers carcéral américain (les détenus étaient interdits de lacets de chaussures pour éviter les tentatives de suicide). Le succès et l’impact populaires de Run DMC sont tels qu’Adidas saisit immédiatement l’occasion d’associer leur image en leur faisant signer un contrat d’une valeur d’un million de dollars. Une première pour des artistes musicaux.

Atteint du syndrome de « On » lorsqu’il s’agit de parler de Caïn Velasquez et des Portland TrailBlazers. Fanatique des Pittsburgh Steelers et du Panathinaikos B.C. Détenteur de records gastronomiques aux cinq coins de l’hexagone.

  1. Opération à chaud consistant à ajouter du soufre au caoutchouc, afin d'en améliorer la résistance.
  2. Jeu qui consiste à faire passer des boules en bois sous des arceaux à l’aide d’une sorte de marteau en bois à deux têtes. Ce sport apparaît notamment dans le roman « Alice au pays des merveilles »
  3. Le premier cordage est inventé en 1868 par un chirurgien anglais qui s’est servi des boyaux d'un bœuf et de l'intestin grêle d'un mouton. En 1875, le fabricant français de cordes à instruments Babolat conçoit pour un client anglais un cordage pour raquette de tennis à partir de cordes de violoncelle. Autres exemples d’évolution technologique : les balles qui ont connu tour à tour un remplissage de plumes, de sable, de laine avant de finalement opter pour du caoutchouc rempli d’air (1870).
  4. Opération à chaud consistant à ajouter du soufre au caoutchouc, afin d’en améliorer la résistance.
  5. Jeu qui consiste à faire passer des boules en bois sous des arceaux à l’aide d’une sorte de marteau en bois à deux têtes. Ce sport apparaît notamment dans le roman « Alice au pays des merveilles »
  6. Le premier cordage est inventé en 1868 par un chirurgien anglais qui s’est servi des boyaux d’un bœuf et de l’intestin grêle d’un mouton. En 1875, le fabricant français de cordes à instruments Babolat conçoit pour un client anglais un cordage pour raquette de tennis à partir de cordes de violoncelle. Autres exemples d’évolution technologique : les balles qui ont connu tour à tour un remplissage de plumes, de sable, de laine avant de finalement opter pour du caoutchouc rempli d’air (1870).

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