« The Program » : plongée au cœur du système Armstrong

Le film, sorti en 2015, revient sur l’un des plus grands scandales sportifs du siècle : comment Lance Armstrong a berné et entraîné dans sa chute le monde du cyclisme.

Le synopsis

C’est l’histoire du plus vaste système de dopage organisé de l’histoire du sport, celui instauré par Lance Armstrong. C’est le sujet central du film The Program. Pendant 1 h 43, il retrace l’itinéraire du coureur américain : de son ascension vers les sommets du cyclisme mondial jusqu’à sa déchéance pour des faits de dopage, qui lui valent aujourd’hui encore d’être banni à vie de toutes les disciplines répondant du Code mondial antidopage.

Tout commence en 1996, alors qu’un cancer des testicules est diagnostiqué à Lance Armstrong. Le Texan bat la maladie et revient sur le circuit plus fort que jamais. S’ensuivent alors 7 victoires sur le Tour de France, entre 1999 et 2005… Du jamais-vu. Or, cette domination hégémonique en intrigue certains, parmi lesquels David Walsh – journaliste au Sunday Times – convaincu de la supercherie et bien décidé à faire tomber celui que l’Amérique et l’ensemble du monde du vélo ont érigé en symbole…

L’acteur Ben Foster dans la peau de Lance Armstrong pendant le Tour de France. Crédits : DR.

Pourquoi on a voulu en parler ?

Peut-on réellement passer à côté du seul film ayant abordé l’un des plus grands scandales de l’histoire du sport ? Assurément, non. Le retentissement mondial de cette affaire a dépassé le simple cadre du sport et placé Lance Armstrong au rang des personnalités les plus méprisables et méprisées du monde. The Program permet de revenir chronologiquement sur les faits d’une histoire longue de près d’une décennie, apportant une lecture a posteriori de l’affaire.

Le film sorti en salle en 2015, soit deux ans après les aveux du Texan, met notamment en lumière le jeu de dupes qui a longtemps opposé une partie de la presse, rapidement sceptique, et les instances du cyclisme. D’une certaine façon, cela vient rappeler combien la critique médiatique et la liberté de la presse demeurent primordiales, à l’heure où la communication dans le sport apparaît toujours plus cadenassée. Parallèlement, on relèvera aussi à quel point l’omerta pouvait régner dans le peloton.

 

Quelle est la force du film ?

Globalement, ce biopic relate bien les aspects principaux de l’affaire Armstrong. Son principal atout : vulgariser l’affaire auprès des néophytes. En effet, ces derniers y découvrent l’envers de la course cycliste, ses codes, ses luttes d’influence, ses composantes médiatiques et sportives, l’évolution des formes de dopage, etc. Pour ce faire, la réalisation s’est attachée à respecter l’habillage visuel pour plus d’immersion. L’univers du film est fidèle à celui du Tour de France, les scènes de fiction et les scènes originales se succédant pour plus de réalisme.

La crédibilité du film repose également sur la performance d’acteur de Ben Foster. Bien aidé par un mimétisme saisissant sur le plan physique, il incarne à merveille Lance Armstrong. Une prestation d’autant plus impressionnante qu’il avait confié ne pas être un spectateur assidu du vélo et ne pas connaître grand-chose de Lance Armstrong avant de recevoir le pitch du film. Pour s’imprégner du personnage et de son rôle, il a d’ailleurs admis être allé jusqu’à tester lui-même des produits dopants

The Program risque en revanche d’être soumis à un regard plus critique de la part des suiveurs assidus du cyclisme. Ces derniers n’y verront que l’illustration sans parti-pris d’une affaire dont la plupart des tenants et aboutissants sont déjà connus.

Lance Armstrong à la sortie d’un contrôle anti-dopage en 2002. Crédits : GERO BRELOER / DPA

Mais la plus grande approximation du film réside dans l’omission de l’unique « lanceur d’alerte » français. Coauteur de trois livres aux côtés de David Walsh (L.A. Confidentiel, L.A. Officiel, Le Sale Tour), le journaliste Pierre Ballester n’est mentionné ou cité à aucun moment du film.

Pour autant, il n’est pas inintéressant d’avoir une lecture « britannique » du scandale, le réalisateur Stephen Frears, en effet, est anglais. Certains parallèles se dessinent et sautent aux yeux entre deux machines de guerre construites pour régner sans partage sur le peloton : la team US Postal d’autrefois menée par Lance Armstrong et la team Sky d’aujourd’hui, dont le leader n’est autre que Christopher Froome, vainqueur de quatre éditions du Tour de France.

Guillaume Canet dans la peau du sulfureux docteur Ferrari qui s’apprête à doper Lance Armstrong. Crédit : DR.

Le passage-clé

L’étau se resserre sur Armstrong lorsque celui-ci rencontre un dirigeant des instances mondiales du cyclisme. Ce dernier l’informe qu’il a fait l’objet de contrôles anormaux à l’EPO, mais n’en dévoile pas plus, afin de préserver l’intérêt d’une discipline qui se débat encore avec ses vieux démons. Peu après, le « mentor médicamenteux » d’Armstrong, le sulfureux docteur Ferrari – incarné par Guillaume Canet –, fait l’objet de témoignages accablants de la part d’un coureur italien : Filippo Simeoni.

Trois ans plus tard, en pleine étape du Tour et alors que Simeoni tente de s’échapper, il est pris en chasse par un Armstrong revanchard, et qui ne se gêne pas pour lui rappeler qu’il aurait mieux fait de se taire, accompagnant sa démarche d’un geste équivoque à la caméra. Ce passage illustre deux piliers du système Armstrong : l’omerta et l’intimidation.

THE PROGRAM, sorti le 16 septembre 2015, 1 h 43

De Stephen Frears, avec Ben Foster, Chris O’Dowd, Guillaume Canet

Journaliste sport addict. A intégré le monde du show-business en se faisant passer pour Prince et désormais Lewis Hamilton.

Poster un Commentaire

avatar
  Suivre la conversation  
Me notifier des