K-Tape, le pansement des héros du stade

Elles sont partout. Dans les stades, sur les terrains, dans les gymnases. Elles se multiplient à une vitesse folle, prennent des formes improbables et confinent même à l’effet de mode tant on ne voit qu’elles. Mais qui se cache derrière ces bandes adhésives, en forme de pansement de toutes les couleurs, arborées fièrement par les sportifs du monde entier depuis une dizaine d’années ? Kenzo Kase, chiropracteur de formation, est l’inventeur de ces bandages colorés, appelés les K-Tape, extensions bigarrées de la méthode de physiothérapie, le kinesiotaping, qu’il a mis au point en 1979.

Bleu, rose fluo, noir, chair. Il ne s’agit pas de leggings mais bel et bien de la couleur des bandages pensés par Kenzo Kase. C’est d’ailleurs le seul aspect de la composition des K-Tape qui mérite qu’on s’y attarde. En effet, ils ne contiennent aucun principe actif ou substance chimique et sont confectionnés uniquement en coton. Par ailleurs, ces bandes élastiques adhèrent à la peau grâce à une colle – l’acrylate – réputée pour son faible taux d’allergie et pour ses propriétés d’adhérence rapide à l’épiderme grâce à la chaleur du corps. Rien de bien magique là-dedans… Mais alors, quel est le secret de ces bandages pour qu’ils soient à ce point plébiscités par le monde sportif ? Ne serait-ce donc qu’un argument esthétique, prétexte pour jeter à la poubelle nos vieux strappings ternes d’antan ?

Simple comme de l’eau

Le secret des K-Tape tient moins dans ce qui les compose que dans les réactions physiologiques qu’ils déclenchent. Dans les années 1970, Kenzo Kase, ce petit-fils d’une thérapeute traditionnelle japonaise, a l’idée de rassembler plusieurs disciplines et techniques de soin, en partant d’un principe très simple : « Une inflammation due à un accident ou une blessure, c’est une accumulation anormale de sang qui ne circule plus. Or, plus de 80 % du corps humain est constitué d’eau. Alors, si on arrive à créer de micro-espaces dans les parties congestionnées, cela favorise la circulation de l’eau qui va ensuite nettoyer la zone douloureuse. Du coup, l’inflammation et la douleur diminuent. » Si l’idée peut paraître simpliste, elle s’avère au contraire extrêmement judicieuse. Et c’est par l’intermédiaire de bandages adhésifs que la vision de Kenzo Kase prend forme.

Car une fois posé, le K-Tape – extensible jusqu’à 140 % de sa longueur originelle – se rétracte. Dès lors, la peau se plisse, faisant apparaître des circonvolutions qui vont « tirer » les tissus, donc les « aérer ». La circulation sanguine et le système lymphatique sont donc relancés, ce qui réduit considérablement la douleur et  accélère la guérison.

Mais là où les bandages de kinesiotaping font encore plus fort, c’est au moment de duper les nocicepteurs, ces récepteurs sensitifs qui transmettent l’information de la douleur au cerveau. Comment ? En se rappelant ce réflexe universel qu’on a tous, après s’être cogné une partie du corps : se frotter la région qui fait mal. C’est exactement le même processus qui intervient au moment de poser les K-Tape. En gros, les signaux envoyés par les nocicepteurs sont plus lents et peuvent donc être « dépassés », dans la course qui mène au cerveau, par d’autres messages sensitifs non douloureux. Ainsi, en appliquant les bandages, une stimulation cutanée est envoyée au système nerveux. Cette dernière arrive en premier, ce qui brouille et atténue alors le signal de la douleur.

Intox ? Placebo ?

Arrivée en 2007 en France par l’intermédiaire de Ludovic Delaunay, la technique de kinesiotaping a fait des émules dans le monde entier mais également un certain nombre de détracteurs. La raison : la difficulté de prouver scientifiquement l’efficacité de cette méthode. En effet, si elle semble admise par l’ensemble de la communauté sportive, les études sur le sujet sont particulièrement contradictoires entre elles et, pour l’heure, il est encore impossible de se faire une idée claire sur le sujet. La plupart pointent notamment du doigt l’effet placebo induit par les K-Tape.

 

Pour autant, il faut également relever que la méthode développée par Kenzo Kase – désormais président de la société Kinesio qui distribue les produits officiels et forme des spécialistes agréés dans le monde entier – est en perpétuelle évolution. Auteur d’une cinquantaine d’ouvrages médicaux sur la question depuis une quarantaine d’années, Kenzo Kase continue à faire évoluer sa méthode. À l’image de la signification des couleurs. Dans les années 1970, chaque K-Tape coloré répondait à un objectif spécifique, selon des notions de chromothérapie : bandages de couleurs froides pour un effet relaxant dans le cadre de pathologies aiguës ; bandages de couleurs chaudes pour un effet stimulant dans le cadre de pathologies chroniques. Aujourd’hui, Kenzo Kase s’est rendu compte que les effets des couleurs ne sont finalement pas significatifs et a fait machine arrière. Pour mieux faire avancer son invention.

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