DÉBAT : l’assistance vidéo dans le foot

Le monde évolue, et le football aussi. De tout temps, notre histoire s’est érigée au rythme des évolutions, sociales, économiques, technologiques. Certaines plus élémentaires, d’autres plus évidentes, la plupart furent guidées par le bon sens. L’arrivée de la vidéo dans le football s’inscrit dans cette lignée. Et c’est une très bonne chose.

Pour tout le fantasme qu’elle a suscité pendant des années où elle était appelée de nos vœux à chaque fois que nous étions témoins de la cruelle injustice du sport. Pour tout ce qu’elle apporte comme soutien aux arbitres, responsables désignés et cibles préférentielles de la vox populi à la moindre approximation. Pour tout le pouvoir de réparation qu’elle représente, si tant est qu’elle soit bien utilisée.

Assistance-arbitrage, ne pas confondre !

L’assistance vidéo n’est pas de l’arbitrage vidéo. En effet, loin de moi l’idée de souhaiter voir les arbitres disparaître au profit d’un ordinateur qui prendrait les décisions et supplanterait définitivement l’humain. Non, l’assistance vidéo n’est qu’un moyen, un outil au service des acteurs. Arbitres et joueurs. L’avis de ces derniers doit primer sur le reste. L’ère que nous traversons, régie par la dictature de l’entertainment et de l’audience ne doit pas nous le faire oublier. L’émotion du spectateur compte. Mais celle du sportif prime. Et cela ne doit jamais changer.

L’erreur est humaine et elle fait partie du sport. Elle subsistera, même avec l’assistance vidéo. Tout comme l’émotion. Les nostalgiques sont vent debout contre l’aide technologique. Ils ont vécu le but de la main de Maradona sans être britanniques. La main de Henry sans être irlandais. L’attentat sur Battiston sans être français. N’est-il pas terriblement réducteur d’imaginer que l’injustice soit le vecteur d’émotion prépondérant dans le sport ?

Le concept est plus fort que le contexte

Évidemment qu’il est grotesque de faire revenir des joueurs des vestiaires pour frapper un penalty comme ce fut le cas à Mayenne mi-avril. Bien sûr qu’il est absurde de revenir trois ou quatre temps de jeu en arrière pour invalider un but. Là où il y a des excès – que ce soit de zèle ou de procédure –, il y a rarement de logique. C’est pourquoi il faut dissocier le fond et la méthode. Nuance loin d’être évidente, je le conçois, dans un moment de notre histoire où il est plus facile de se figer dans une approche manichéenne.

Il y a évidemment une méthodologie à parfaire, un juste équilibre à trouver dans son utilisation, un cadre que seuls le temps et les erreurs commises permettront de définir. La vidéo débarque avec fracas, et le clivage profond qu’elle instaure est à la hauteur de la révolution qu’elle incarne. Or, si les révolutions n’ont jamais fait l’unanimité, l’histoire les a presque toujours saluées.

Par Tidiany M’Bo

Sur le papier, l’assistance vidéo doit rétablir l’équité dans les matches entachés par des erreurs d’arbitrage condamnant l’équipe la plus méritante. C’est bien. C’est beau. Mais c’est surtout n’importe quoi ! En effet, la réalité est bien loin de cet idéal. La vidéo ne fait pas disparaître l’injustice. Au contraire, elle crée même d’inédites polémiques !

Si, dans sa mise en application actuelle, l’arbitre garde le pouvoir décisionnaire de recourir ou pas à l’écran de visionnage, l’effet n’en demeure pas moins pervers. Désormais, au lieu de se plaindre que « l’arbitre n’a pas sifflé », on dira « l’arbitre n’a pas consulté ». Changement considérable. Quelle évolution ! L’homme en noir conserve donc son rôle de bouc émissaire. Prétendre que l’assistance vidéo adoucira les débats et soulagera la tâche des arbitres, c’est d’une naïveté sans borne !

Vidéo sans réponse

La preuve avec les quarts de finale de la Coupe de la Ligue. Contre Monaco, l’attaquant niçois Pléa inscrit un but difficile à juger. L’occasion parfaite pour dégainer l’assistance vidéo. Alors ? Que dit l’écran ? But validé ? Annulé ? La vérité des images va nécessairement trancher et éclairer le bas peuple. Eh bien, même pas ! Selon l’angle des caméras, l’interprétation n’est pas la même… Or, ce type de situation survient à chaque match !

Pire, quand une faute est évidente à vitesse réelle, la vidéo peut même venir complexifier ce qui, en temps normal, aurait coulé de source. Lors de Rennes-Toulouse, l’arbitre refuse un penalty à Gradel victime d’une faute évidente. Malgré tout, il consulte l’assistant vidéo tout aussi dubitatif que lui. Bilan : jeu interrompu plusieurs minutes, un penalty injustement oublié et toujours autant de polémiques d’arbitrage. Pas grand-chose de nouveau dans le fond… Alors, pourquoi cet empressement à l’instaurer ?

Diktat du ralenti

Parce que la télé domine le foot et nous a imposé sa façon de voir un match. Les ralentis sont utilisés à foison et sont présentés comme la source de toute vérité. Depuis 30 ans, un message subliminal nous est transmis : en foot, le direct est source d’injustice et d’erreur. Seul le différé garantit l’équité. La vidéo ne mentirait pas, ne se tromperait pas, ne se corromprait pas.

Et puis, l’instauration de l’assistance vidéo, c’est aussi une manière de donner raison aux journalistes TV, toujours prompts à pointer du doigt ces incompétents d’arbitres dépassés par ce football qui va plus vite. Ou du moins de leur donner cette impression. L’instauration de l’assistance vidéo, c’est une petite victoire symbolique pour eux. C’est surtout une manière de désacraliser la science arbitrale en la faisant passer du sifflet à la caméra. Et la désacralisation de l’arbitrage est le mal de notre époque…

Par Alexandre Borde

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