Débat : Maradona ou Messi ?

« Messi en Adam face à Maradona en Dieu ». Ce dessin géant, inspiré de la fresque de la chapelle Sixtine, recouvre le plafond d’un club de futsal de Buenos Aires. Tout est dit là-dedans. Même si l’actuelle star du Barça remporte le prochain Mondial, il restera un apôtre. Il n’est pas l’auteur du livre sacré, mais seulement celui qui le met à jour. Seul Maradona est le vrai écrivain du foot argentin parce qu’il en incarne l’identité ! En effet, Diego Armando Maradona transpire l’ADN de l’Albiceleste par tous ses pores, de son approche roublarde du foot à son rapport viscéral au maillot national. Plus qu’une incarnation du football de son pays, il est, à lui seul, le foot argentin.

La relation qu’il entretient avec le maillot national n’est pas le seul indice qui confirme la supériorité de Maradona sur Messi. Le cadet des deux peut empiler tous les buts qu’il veut et gagner tous les Ballons d’or possibles, le foot ne se résume pas à des statistiques individuelles. Diego, lui, a produit de l’émotion collective à ses compatriotes. Il a permis à l’Argentine de dominer une Coupe du monde de la tête et des épaules en 1986. Ce que Maradona a réalisé au Mondial, c’est quand même autre chose que ce pauvre trophée Adidas, immérité, décerné Messi à l’issue d’une finale perdue sans panache, il y a 4 ans.

Les gestes de Maradona imprègnent les mémoires parce qu’ils interviennent à des moments phares. Le but contre l’Angleterre en quart du Mondial 1986 où il passe en revue la moitié de l’équipe adverse est connu de tous les passionnés. On pianote sur Google pour trouver et revoir la vidéo de ce slalom dantesque. Lionel Messi a déjà réalisé en club ce type d’action époustouflante. Qui se souvient des adversaires ? Personne ! Quelle est l’année exacte des exploits individuels du joueur du Barça ? Impossible à dire ! Seuls les puristes et autres suiveurs du club catalan peuvent donner une réponse précise d’emblée. À défaut, on cherche sur le Web pour retrouver la date des faits… avant de voir (peut-être pour la première fois) ce but de Messi. Avec Maradona, on ne découvre pas son but. Non, on le revoit, on le remate, on le revisionne comme une image d’Épinal qui résume à elle seule son sport.

Messi a sans doute un palmarès plus copieux que celui de Maradona. Mais ce n’est qu’un CV. Maradona, lui, ne se balade pas avec sa valoche de titres sous le bras. Il lui faut autre chose pour marquer les esprits. Briller à Barcelone, l’une des capitales européennes du foot, beaucoup de joueurs l’ont réalisé. Messi l’a fait peut-être mieux que les autres, mais il ne figure que dans un panthéon déjà noir de monde. À Naples, Diego Maradona est aussi important que le pape. Il est une seconde Madone, une relique biblique dont la représentation est vendue dans les magasins de souvenirs de la ville comme un objet ésotérique. Seul le divin profite d’un tel traitement, les apprentis prophètes, eux, font encore la quête auprès des fidèles.

Par Alexandre Borde

« Vous n’avez pas vu jouer Maradona, vous ne pouvez pas comprendre. » La formule est hautaine en plus d’être réductrice. Récurrente dans la bouche des post-quadragénaires dès lors que l’argumentaire se tarit. Elle est transposable à ceux qui auraient vu jouer Zidane, mais pas Platini. Elle vaut pour ceux qui ont eu les yeux de Chimène pour Ronaldo, tout en n’ayant pu admirer au préalable Zico.

Messi contre Maradona, c’est un duel de générations. Ces messieurs ont vécu l’avènement du rock’n’roll, d’autres ont grandi avec l’émancipation du hip-hop et de l’électro. Ceux qui estiment Messi supérieur à Maradona ne seraient donc que de jeunes ignorants de la même trempe, pas si légitimes que ça pour évoquer une époque qu’ils n’ont pas vécue. Après tout, qui sommes-nous pour estimer que Michael Jackson a plus marqué l’histoire de la musique que les Beatles, à part de jeunes cons ?

Amusons-nous malgré tout à comparer succinctement les époques. Du temps du « Pibe de Oro » – grossièrement entre 1982 et 1995 –, l’espace médiatique occupé par le football est à des années-lumière des sphères d’aujourd’hui. Moins de caméras, moins de diffusion à la télévision, moins de moyens de communication. Internet n’existait pas. Les réseaux sociaux non plus. Ce sont donc les conteurs de la presse écrite et de la radio qui représentaient le principal vecteur de transmission des exploits du terrain. Avec leur imaginaire, leur passion. Et surtout, leur subjectivité.

La Coupe n’est plus ce qu’elle était

Cette rareté de l’image donnait à la Coupe du monde, au-delà de son aspect très symbolique, une caisse de résonnance supérieure. C’était le moment où l’on voyait à l’œuvre, où l’on découvrait même, les cracks du ballon rond. Aujourd’hui, c’est l’universalité du football qui rend la Coupe du monde si populaire. Ce ne sont plus tant ses découvertes – devenues rares avec l’ultra-médiatisation de tous les footballs – ni son niveau d’ensemble – le football de club a surpassé le football de sélection – qui diligentent puis définissent les tendances régaliennes de ce sport. Non, c’est désormais la lucrative Ligue des champions qui concentre toutes ces données. Alors, marquer au fer rouge la Ligue des champions comme l’a fait Messi au fil des années lui a permis de s’affranchir d’un droit de cité au palmarès du Mondial.

Maradona était une bête de scène dans un espace confiné. Tant et si bien qu’il a fini par en déborder pour alimenter des rubriques annexes. Au sein d’un espace médiatique rendu plus grand et nébuleux par l’évolution de notre société, Messi existe de façon omniprésente. Depuis plus de 10 ans et par la seule force de ses performances, puisque son charisme n’atteindra jamais celui de son prédécesseur. Il serait absolument prétentieux de vouloir s’immiscer dans la subjectivité de chacun ou de certifier qu’une époque a plus valeur étalon qu’une autre. Restent alors, en plus du souvenir et de l’émotion que chacun s’est attelé à nourrir, les chiffres et la constance. Deux domaines dans lesquels Messi a depuis longtemps supplanté son illustre aîné.

Par Tidiany M’Bo

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So FP

Excellents les deux avis ! En effet, ça se discute! Je penche pour Maradona, bien que les arguments du Team Messi soient plus que convaincants. Peut-être est-ce une question d’âge ou d’époque qui fait plus pencher pour l’un que pour l’autre. Mais c’est vrai que derrière l’image d’un Maradona, il y a toute l’histoire d’un personnage hors norme, de son vécu et de tout ce qu’il a traversé. Il nous faudrait un portrait de lui, écrit par l’équipe de
Sport&Associés ! 🙂