Et si la France avait joué le Mondial 1994 ?

Alors que la France a remporté le Mondial 2018, nous vous proposons de réécrire le chapitre le plus douloureux de l’histoire des Bleus.

17 novembre 1993. Date noire pour le foot français qui voit ses Bleus privés du Mondial 1994. Le but du Bulgare Emil Kostadinov à la dernière minute de l’ultime match des éliminatoires fait perdre la France (1-2) et la prive d’une Coupe du monde pour la deuxième fois de suite : après avoir raté le Mondial 1990 en Italie, les Français ratent encore le coche du Mondial 1994 aux États-Unis.

Pourtant, quelques centimètres plus haut et le tir puissant du Bulgare aurait percuté le montant de Bernard Lama pour ensuite sortir du terrain. L’équipe de France ferait alors partie du Mondial 1994 et le patronyme de Kostadinov évoquerait davantage un personnage d’agent du KGB qu’un bourreau sportif. Et si les Bleus n’avaient pas encaissé ce but ? Et si la France n’avait pas perdu contre la Bulgarie ? Et si la France s’était qualifiée pour la Coupe du monde 1994 ?

(Attention tout ce qui suit n’est que pure fiction.)


17 novembre 1993. L’équipe de France arrache finalement un nul 1-1 contre la Bulgarie au Parc des princes, non sans avoir tremblé jusqu’au bout. En effet, sur une dernière contre-attaque, Kostadinov, lancé à pleine vitesse, trouve la barre transversale. Le ballon percute le montant et sort de l’aire de jeu. L’arbitre écossais Leslie Mottram siffle la fin du match dans la seconde qui suit. L’équipe de France a eu chaud, mais tient son ticket pour le Mondial 1994 aux États-Unis grâce à ce résultat. Le pays entier pousse alors un ouf de soulagement ! Car après la défaite à domicile 3-2 contre Israël le 13 octobre, beaucoup redoutaient une grosse déconvenue sportive avec la rencontre face aux Bulgares.


Joe Dassin omniprésent

Le pire a été évité, mais tout n’est pas si rose dans la maison bleue. Dans le vestiaire, le sélectionneur, Gérard Houllier, fait remarquer à David Ginola sa perte de balle amenant la contre-attaque bulgare à la dernière minute. Agacé, le joueur du PSG garde ses nerfs et ne réplique pas. Après tout, la France est qualifiée et c’est bien là l’essentiel ! L’emballement et le folklore médiatique ne laissent de toute façon plus de place aux petites querelles. Le tube de Joe Dassin « L’Amérique », diffusé pour la première fois en 1970, est ressorti des placards et se trouve diffusé en boucle sur les ondes. TF1 se frotte d’ailleurs les mains, prévoyant un « dispositif exceptionnel » pour relayer l’odyssée des Bleus. En réalité, la couverture médiatique du premier média audiovisuel de France consiste surtout à insister lourdement sur cette chanson pour commenter ce Mondial… On est aux « States » désormais. Le pays de la pop et du show-business : alors, musique !

En attendant les festivités, Gérard Houllier donne sa liste des 22 qui disputeront la compétition. Au menu, quelques surprises d’envergure : le jeune Christian Karembeu, auteur d’une saison pleine avec Nantes, a été préféré à l’expérimenté Franck Sauzée qui s’est enterré à l’Atalanta Bergame. Thuram, Zidane, Ouédec et Barthez ont aussi été retenus. L’affaire VA-OM influence également la liste de Houillier, dans la mesure où le Marseillais Jean-Jacques Eydelie, empêtré dans ce dossier judiciaire, est absent. Le PSG, champion de France 1994, compte, lui, pas mal de représentants : Ginola, Lama, Guérin, Roche, Le Guen.

Les Bleus humiliés par le Nigeria

L’entrée en lice des Bleus dans ce Mondial a lieu le 21 juin, soit quatre jours après l’ouverture. Ils figurent dans un groupe assez corsé avec l’Argentine, la Grèce et le Nigeria comme premier adversaire. C’est à Dallas que la rencontre se dispute. L’occasion pour TF1 de balancer le générique de la mythique série en guise d’introduction avec Pascal Praud qui n’hésite pas à se coiffer d’un chapeau texan pour présenter le programme. Cette bonne humeur n’empêche pas les Bleus de subir la loi des hommes de Clemens Westerhof (3-0).

Pour le commentateur Thierry Roland, la température caniculaire de plus de 35 degrés a favorisé l’équipe adverse : « On ne va pas se mentir, Jean-Michel. Les Africains ont bien plus de facilités à évoluer sous ces températures. C’est comme s’ils jouaient à domicile. » Mais, pour Gérard Houiller, le coupable s’appelle David Ginola. Sa perte de balle, après un dribble manqué, a débouché sur le deuxième but nigérian marqué par Rashidi Yekini. Le joueur du PSG se fait donc remonter les bretelles à la pause.

Sauf que pour « El Magnifico », c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. La réflexion de trop. Ses nerfs lâchent et c’est avec une expression typiquement varoise bien de chez lui qu’il réplique à son sélectionneur : « Va te faire une olive avec ta tactique, t’as rien dans le pantalon ! » Houillier n’en demandait pas tant et en profite pour l’écarter pour le reste de la compétition. Une séquence qui fait le bonheur des Guignols de l’info. En effet, cette expression typiquement sudiste interpelle les auteurs parisiens qui s’en donnent à cœur joie : l’émission représente alors Gérard Houllier simplement par une olive en costume, accompagnée d’une marionnette bodybuildée David Ginola à l’accent sudiste bien ciselé. La Coupe du monde commence bien…

Nana Mouskouri et Demis Roussos pour France-Grèce

Les supporteurs redoutent du coup une élimination dès le premier tour alors que les Bleus font partie des outsiders du tournoi. Heureusement, l’équipe se rattrape dans le deuxième acte en surclassant 4-0 la Grèce, grâce à un quadruplé de Jean-Pierre Papin. Dans l’euphorie de la victoire, le commentateur Christian Jeanpierre – qui remplace Thierry Roland victime d’une insolation – lâche un « Allez, Papinos ! » après le troisième but de JPP. Il faut dire qu’avant ce match, TF1 entretenait avec brio les clichés helléniques, conviant en plateau Nana Mouskouri et Demis Roussos pour recueillir leur pronostic.

Les Bleus se remettent donc à l’endroit grâce à cette belle victoire. Il faut néanmoins battre l’Argentine au troisième match pour aller en huitième. Heureux hasard pour les Français : Diego Maradona vient d’être suspendu du Mondial pour avoir été contrôlé positif à l’éphédrine contre la Grèce. Gérard Houllier a donc face à lui une Argentine assommée par la perte de son meilleur joueur. Didier Roustan, sur France Télévisions, parle même de « chatte à Gégé » pour résumer sommairement la situation.

Comme prévu, les Bleus s’imposent 2-0 face à une Albiceleste apathique, grâce à des buts de Papin et Cantona. Interrogé après le match par Vincent Hardy, Canto ne manque pas de rendre hommage à son « ami Maradona, victime d’un complot de cette Fifa raciste ! » Tollé général. La qualification acquise, personne ne comprend cette ambiance délétère malgré les victoires qui s’enchaînent. Ginola, puis maintenant Cantona. Pourquoi tant de haine alors que ce Mondial est une ode à la fête, sans heurts et avec des stades pleins ? Ces clashs médiatiques illustrent les maux du foot français, empêtré dans l’affaire OM-VA et par une rivalité aussi belliqueuse que nouvelle entre le PSG et l’OM.

Les choses sérieuses commencent…

En huitième de finale, c’est le Mexique qui se dresse face à la France. Tenus en échec 1-1 dans un match insipide et se déroulant une nouvelle fois sous une chaleur écrasante, les Bleus sont entraînés dans une séance de tirs au but qui fait froid dans le dos. Pascal Praud, coiffé cette fois-ci d’un sombrero et habillé d’un poncho, fait tout ce qu’il peut pour détendre l’ambiance en plateau. Il se met même à chanter « Mexico » de Luis Mariano a cappella en duo avec Francis Lalanne ! Malgré tout, le spectacle demeure soporifique. La France passe finalement en quart in extremis (3 tirs au but à 1). À ce niveau de la compétition et après avoir raté le Mondial 1990, c’est un fait : la France a globalement réussi sa Coupe du monde.

Les choses sérieuses commencent réellement en quart contre l’Allemagne réunifiée. Un adversaire qui a déjà fait pleurer deux fois la France en Coupe du monde : 1982 et 1986. Et à l’époque, ce n’était « que » l’Allemagne de l’Ouest ! Alors, outre-Rhin, la presse se gargarise avant la rencontre. « Niemals zwei ohne drei », jamais deux sans trois, titre le tabloïd Bild en couverture. Le ton est donné.

Saint Paul (Le Guen) !

Sur le terrain, l’Allemagne ouvre le score en milieu de première période grâce à Rudi Völler. Puis, Laurent Blanc sur corner égalise de la tête juste avant la pause. En seconde période, la Mannschaft assiège le camp français, mais la défense à trois Blanc-Boli-Desailly tient le choc héroïquement… jusqu’à l’inimaginable !

À la 88e, Jocelyn Angloma prend de vitesse Andreas Brehme sur le côté droit et centre en direction de la surface. Paul Le Guen vient couper la trajectoire d’une tête plongeante qui finit dans la lucarne de Bodo Illgner ! Le score en reste là : la France est en demi-finale ! Paul Le Guen, bourreau des Allemands, devient un héros national. Dans toutes les villes de France, son nom est scandé.

Certains éditorialistes en viennent même à conclure que Paul Le Guen a fait davantage que François Mitterrand et Helmut Kohl pour réconcilier les deux pays ! En effet, la germanophobie sportive disparaît presque dans l’Hexagone. Avec sa calvitie naissante et sa voix fluette, Paul Le Guen a décomplexé les Français par rapport à leurs voisins allemands. Les Français s’assument désormais. « Saint Paul ! » titre même L’Équipe. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, ce but – lancé par un joueur de l’OM et conclu par un Parisien – instaure alors une entente cordiale entre les supporteurs des deux clubs ! La tension de ce début de Mondial fait maintenant place à la liesse.

Complot !

Très défensive contre l’Allemagne, la France rencontre en demi-finale un orfèvre en la matière : l’Italie. Un match « consanguin » entre deux frères ennemis et des joueurs qui se croisent souvent sur les terrains en club : les Italiens de l’AC Milan (Costacurta, Maldini, Baresi, Tassotti, Albertini, Donadoni, Massaro) connaissent bien les Français qui sont passés par l’OM (Boli, Papin, Desailly) ou par Monaco (Petit, Djorkaeff), éliminé par les Rossoneri en C1 en avril 1994. La Juventus et Naples ont aussi affronté le PSG en Coupe de l’UEFA la saison d’avant. C’est dire si les deux effectifs se connaissent bien.

Contre la Squadra Azzurra, la France joue sans pression et son trident offensif Zidane-Cantona-Papin a fière allure. Zizou – qui a illuminé tout le Mondial 1994 de ses gestes techniques – est d’ailleurs passeur décisif pour Papin sur l’ouverture du score des Bleus à la demi-heure de jeu. La France croit tenir sa qualification. Mais, à quelques secondes du coup de sifflet final, l’arbitre, Kurt Röthlisberger, siffle une faute peu évidente de Lilian Thuram sur Daniele Massaro à l’entrée de la surface : coup-franc pour l’Italie. Pour la star transalpine Roberto Baggio, c’est comme s’il s’agissait d’un penalty tellement il est adroit dans cet exercice…

Comme toute la France derrière son écran le redoute, le Ballon d’or 1993 confirme sa réputation et bat Bernard Lama d’un joli tir enveloppé. Cette égalisation coupe les jambes des Français. Thierry Roland, remis de son insolation à Dallas, ne digère pas non plus ce but. Il soupçonne Kurt Röthlisberger d’avoir favorisé l’Italie pour venger l’Allemagne. « Avec un nom germanique pareil, il n’a pas dû apprécier l’élimination de ses compatriotes », grogne-t-il en direct. « Ça suffit Thierry ! L’arbitre est Suisse, pas Allemand ! » s’agace son compère Jean-Michel Larqué. Abattue, la France encaisse un second but en début de prolongation et ne trouve pas les ressources physiques nécessaires pour se révolter. Après 1982 et 1986, les Bleus échouent donc encore en demi-finale.

Le bilan

Les Bleus n’ont alors plus le cœur à jouer pour la troisième place contre la Suède. Un but de Kennet Andersson – bien connu du championnat de France puisqu’il joue à Lille – permet aux Nordiques de décrocher le bronze. Papin, lui, finit meilleur buteur du Mondial avec sept buts, devant le Russe Oleg Salenko, six réalisations, dont un quintuplé contre le Cameroun.

Quant à Ginola, il se répand dans la presse après le Mondial pour fustiger les choix trop défensifs de Houllier durant la compétition. Ce dernier, qui brigue le poste de DTN, se retire et laisse la place à Aimé Jacquet qui va s’appuyer sur ce succès pour construire la victoire de 1998. Sans Ginola et sans Paul Le Guen…

COUPE DU MONDE 1994


CLASSEMENT
1 – Brésil
2 – Italie
3 – Suède
4 – France

MEILLEUR JOUEUR
Romario (Brésil)

MEILLEURS BUTEURS
Papin (7 buts, France)
Salenko (6 buts, Russie)

L’équipe type de la Fifa
Preud’homme (Belgique) – Desailly (France), Márcio Santos (Brésil), Maldini (Italie) – Dunga (Brésil) – Hagi (Roumanie), Zidane (France), Baggio (Italie) – Brolin (Suède), Papin (France), Romario (Brésil)

 

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