Et si… la France avait remporté le Mondial 2006 ?

La Coupe du monde 2018 s’est terminée sur la plus belle des notes. 2006 n’a pas eu ces honneurs. Et si les Bleus s’étaient imposés contre l’Italie ?

L’image est gravée dans la mémoire de toute une génération de suiveurs du football, et même au-delà. En juillet 2006, l’équipe de France de football connaît un regain insoupçonné et se hisse en finale de la Coupe du monde après plusieurs années de déclin. Guidée par ses revenants Zidane, Thuram et Makélélé, elle s’extirpe difficilement de sa poule avant d’effacer tour à tour l’Espagne, le Brésil puis le Portugal.

En finale, c’est l’Italie, pas beaucoup plus attendue à pareille fête, qui se dresse devant les joueurs de Raymond Domenech. Sans atteindre des sommets de jeu, ce match marquera son temps : Zidane se fend d’une panenka insensée tandis que Materazzi lui répond en égalisant. Après l’exclusion du Français pour un coup de tête sur le défenseur italien, les Bleus cèdent à l’issue des tirs au but et une frappe ratée de David Trezeguet. À 5 centimètres près, le destin de cette finale aurait été tout autre…

Et si David Trezeguet n’avait pas raté ? Et si les Bleus s’étaient imposés en finale de la Coupe du monde 2006 ? Et si la France avait été championne du monde pour la deuxième fois en 2006 (et pas 12 ans plus tard) ?

(Attention tout ce qui suit n’est que pure fiction.)

Un invité surprise

L’Italie mène 2-1 dans la séance de tirs au but. Pirlo, Wiltord et Materazzi ont tous transformé leur tentative quand Trezeguet s’avance devant Buffon. Comme face à Zidane il y a deux heures, le portier turinois montre du doigt la direction vers laquelle il s’apprête à plonger. Trezeguet et Buffon se connaissent par cœur. Ils jouent sous le maillot de la Juventus depuis 2001 et forcément le geste de l’Italien n’a rien d’anodin. Combien de fois ces deux-là ont-ils répété l’exercice ? Combien de séances d’entraînement, de tirs au but ont-ils travaillées ensemble en ces 5 dernières années de vie commune du côté de Turin ?

Suffisamment pour donner à cet instant des allures de tournant. Le Français s’élance et sa frappe est parfaite : Buffon part du mauvais côté, et le ballon ricoche sous la barre avant de pénétrer dans le but… 2-2 ! De Rossi, Del Piero, Abidal et Sagnol réussissent tous leur penalty. Il y a alors 4-4 quand s’avance Fabio Grosso.

 

L’invité-surprise de l’équipe type de la Squadra avance vers la surface avec un sourire nerveux. Face à lui Barthez, pris à contre-pied sur les 4 premiers tirs. Le joueur de Palerme s’élance… Son tir, en forme d’hommage à Roberto Baggio en 1994, passe trois bons mètres au-dessus ! Stupeur dans l’arène berlinoise ! La balle de match est dans les pieds de Florent Malouda. « Et le but pour l’équipe de France ! Il est signé, Florent Malouda ! Florent Malouda ! Florent Malouda ! Florent Malouda offre sa 2e étoile à l’équipe de France ! » exulte Jean Rességuié sur l’antenne de RMC, et finira complètement aphone. La France est championne du monde pour la seconde fois de son histoire !

Irrécupérable Barthez

Explosion de joie simultanée sur la place de l’Hôtel de Ville de Paris, sur la place Bellecour à Lyon et sur la place du Capitole à Toulouse. Les Quinconces (Bordeaux) et le Vieux-Port (Marseille) ne sont pas en reste et basculent également dans l’allégresse. Quel ouf de soulagement ! En effet, 87 % des Français, certainement confortés par le parcours des Bleus durant la phase éliminatoire imaginaient la France remporter la finale.

À Berlin, les Bleus tombent dans les bras les uns des autres. Après quelques minutes d’étreintes, de petits groupes se forment. Les caméras de TF1 captent quelques échanges. « Décisif, je vous ai dit ! Décisif ! Comme en 1998 ! Il n’y a pas de secret ! » lâche Fabien Barthez, qui semble avoir déjà oublié qu’il est pris à contre-pied sur les 4 tirs italiens de la série… Dans l’euphorie, celui qui vient d’annoncer son départ de l’OM s’amuse à rejouer la scène qui lui a valu 6 mois de suspension en 2005 (il avait alors craché sur un arbitre marocain lors d’un match amical avec l’OM) : Kit-Kat en bouche, il s’en prend cette fois à Grégory Coupet. Hilare, le portier titulaire des Bleus rejoint Lilian Thuram tandis que le gardien lyonnais esquisse un sourire gêné au moment d’essuyer son bas de survêtement tâché…

Plus loin, Lilian Thuram, qui a passé 10 ans en Italie, à Parme et à la Juventus, salue ses anciens coéquipiers de l’époque. Une image d’autant plus forte que la Vieille Dame vient tout juste d’être reléguée en Série B à la suite du scandale du Calciopoli. « Va bene ragazzi », lâche-t-il à Buffon et Del Piero avant de retourner tout à sa joie vers le camp français. Entouré d’Alou Diarra et Louis Saha, il interpelle alors William Gallas. « Allez, les Blacks ! Comme en 1998, on fait une photo tous ensemble ! » dit-il en poussant discrètement du bras Willy Sagnol.


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Et si la France avait joué le Mondial 1994 ?

À cet instant, Zinédine Zidane, invisible depuis son expulsion à la 110e, réapparaît. Le meneur du Real Madrid, déjà douché, a troqué sa tenue de joueur pour un costume griffé Generali et une casquette Danone. Il a retrouvé le sourire, mais refuse de répondre aux questions des journalistes de terrain. Une attitude réservée qui ne l’empêche pas d’exulter au moment de soulever le trophée Jules-Rimet quelques minutes plus tard.

Les politiques s’enflamment

Le lendemain, c’est toute la France qui se réveille avec le sourire aux lèvres. Les petites déclarations politiques se succèdent alors. « Dans cette équipe, il y a sept Blacks sur onze. La normalité serait qu’il y en ait trois ou quatre. Ce serait le reflet de la société. Mais là, s’il y en a autant, c’est parce que les Blancs sont nuls. J’ai honte pour ce pays. J’ai honte d’être blanc ! Bientôt, il y aura onze Blacks. Quand je vois certaines équipes de foot, ça me fait de la peine. On vient coloniser le sport avec lequel nous avons été champion d’Europe 1984 », s’emporte Georges Frêche, l’ancien maire et président de l’agglomération montpelliéraine. Une des rares voix dissonantes au milieu d’un océan d’éloges.

C’est l’occasion idéale pour Dominique de Villepin de tenter de restaurer son image écornée après deux mois de lutte sociale face aux étudiants mobilisés contre le CPE (contrat première embauche) entre février et avril. « L’erreur qui fut mienne, de vouloir faire passer en force une mesure qui n’emportait pas l’adhésion, couplée au formidable élan démontré par cette équipe de France qui aura focalisé notre attention m’amène à prendre une décision forte. Tous les candidats au baccalauréat seront admis cette année ! » annonce-t-il aux environs de 8 heures sur les ondes de France Info. La France assiste alors à des manifestations de joie lycéennes sans précédent dans tout l’Hexagone.

Vers midi, la délégation française est attendue pour le traditionnel déjeuner à l’Élysée, avant d’aller parader sur la plus belle avenue du monde. Jacques Chirac félicite chaleureusement Zinédine Zidane, avant d’entamer la discussion avec le jeune minot Franck Ribéry. « Do you speak French ? » lance alors le président de la République au joueur, qui, après quelques secondes d’incompréhension, s’empare du micro sur le perron. « Aux Champs-Élysées ! » entonne-t-il alors sous le regard mi-amusé mi-médusé de William Gallas et Fabien Barthez, qui savourent tranquillement leur cigarette d’après-repas.

Comme en 1998, certains des joueurs de l’équipe de France deviennent de véritables icônes. Florent Malouda surfe sur la confiance gigantesque acquise à la suite de son tir au but vainqueur, tant et si bien qu’il est élu meilleur joueur de Ligue 1 lors de la saison 2006-2007. Côté people, le couple Claude Makélélé-Noémie Lenoir fait le bonheur des paparazzis tandis que Patrick Vieira apparaît dans une série de publicités pour Vicks. France Télévisions réédite une série de numéros spéciaux de Bouillon de culture qu’elle fait co-animer par Jean-Alain Boumsong aux côtés de Bernard Pivot. La critique cinématographique accueille avec bienveillance le film Substitute tourné par Vikash Dhorasoo durant la compétition, et le joueur de l’OL se voit même proposer un rôle de réalisateur aux côtés de Luc Besson pour un futur long-métrage. Seul Zinédine Zidane continue à se faire discret. Six mois après la victoire, le jeune retraité n’a toujours pas accordé la moindre interview, et les raisons de son coup de sang sur Marco Materazzi demeurent inconnues.

Grosso dérape

Un an s’est écoulé et Fabio Grosso, l’infortuné tireur italien, signe à l’Olympique lyonnais en provenance de l’Inter Milan. « Nous sommes très fiers d’accueillir un presque champion du monde pour prendre le relais d’un champion du monde », plaisante Jean-Michel Aulas le jour de la présentation du joueur, venu prendre le relais d’Éric Abidal, parti au FC Barcelone. Le public lyonnais lui réserve un bon accueil, mais les supporteurs des équipes adverses ne manquent pas de lui rappeler cet épisode à chacune de ses sorties. La tension connaît son paroxysme un soir de Marseille-Lyon dans lequel l’OL mène largement 4-1. Après deux petits ponts subis de la part d’Abdoulaye Meïté, Grosso craque et tacle violemment le Sénégalais. Après un carton rouge brandi par Bertrand Layec, s’ensuit une scène de confusion au terme de laquelle l’Italien se dirige vers une caméra avant de gagner les vestiaires. « J’ai fait exprès, j’ai fait exprès ! La Coupe du monde, c’est comme la Série A ! » profère-t-il en mimant les billets d’un geste de la main.

Fabio Grosso a évolué à l’OL de 2007 à 2009.

Sur le plateau du Canal Football Club, les réactions sont outrées. « C’était sous le coup de l’énervement ? Nous sommes d’accord que ça n’est pas possible, n’est-ce pas messieurs ? Car si on croit ce que Grosso dit, cela signifie qu’il aurait été payé pour rater son tir ? » questionne Hervé Mathoux, complètement dévasté par la nouvelle qui commence à prendre forme. « C’est quand même très grave si c’est le cas », lui répond Pierre Ménès avec la clairvoyance qui le caractérise tant. Et d’ajouter : « Ce n’est quand même pas pensable d’imaginer un type envoyer un péno au-dessus juste pour toucher un billet. C’est quand même une Coupe du monde dont on parle, bordel ! »

Et pourtant, l’impensable se confirme. Deux jours après, et alors que la fièvre s’empare des médias français puis européens, c’est un Jean-Michel Aulas consterné qui se présente pour une conférence de presse au siège de l’OL. « Fabio nous a confié cette chose terrible. Oui, c’est vrai, il a bien été approché financièrement durant le Mondial et il a accepté de saboter cette séance de tirs au but. Mais l’Olympique lyonnais n’a rien à voir avec tout ça, vous savez. C’est une grande machine que celle des paris truqués dans le football et personnellement, je compte bien mener jusqu’au bout la lutte contre ce fléau. »

David Trezeguet (centre), Thierry Henry (droite) et Jean-Alain Boumsong (gauche), dévastés par la défaite aux tirs au but. Crédits : MEXSPORT/DAVID LEAH.

Fabio Grosso est tout de même licencié par l’OL. La presse internationale s’émeut alors de voir un événement de la portée d’une finale de Coupe du monde être influencé par la corruption. Le football s’en retrouve discrédité et pousse la Fifa à réagir. Ce que l’instance fait très vite. « Nous avons pris la décision de rejouer la séance de tirs au but. La Fifa tient à restaurer l’équité sportive et les valeurs qui sont les siennes et prendra toutes les mesures pour cela », annonce Sepp Blatter depuis Zurich.

Le calendrier international est mis en pause et les deux sélections sont convoquées au stade olympique de Berlin dès le week-end suivant. Devant les 75 000 spectateurs du stade olympique de Berlin, Français et Italiens disputent une nouvelle séance. Une série durant laquelle seul David Trezeguet rate sa tentative, avec une frappe qui s’écrase sur le dessous de la barre avant de ressortir. Et la Coupe du monde 2006 prend finalement la direction de l’Italie…

Fake news :
– Trezeguet n’a pas marqué son tir au but lors de la série
– Florent Malouda n’a pas tiré lors de cette séance
– Les joueurs français, Barthez et Thuram n’ont pas fêté ce match
– Georges Frêche n’a pas tenu ces propos après la finale 2006
– Dominique de Villepin n’a pas « donné » le bac à tout le monde
– Jacques Chirac n’a pas fait la fête avec les joueurs
– Boumsong n’a pas participé à une émission littéraire
– Vieira n’a pas fait de pub pour Vicks
– Fabio Grosso n’a pas pété les plombs lors de Lyon-Marseille
– Il n’a pas déclaré avoir été acheté pour rater son tir
– La séance de tirs au but n’a pas été rejouée
– Il n’a pas été licencié par l’OL

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