Sport à l’école : l’éternel flou

« École le matin, sport l’après-midi », c’est la nouvelle expérimentation dévoilée par Jean-Michel Blanquer et Roxana Maracineanu. Problème, on connaît déjà les résultats…

La divinité Éole a été invoquée. Il faut dire que, par les temps qui courent, le vent, c’est devenu essentiel. Il influence la migration de certaines espèces vivantes, cause des cataclysmes sans précédent, sert de moyen de transport et peut même produire de l’électricité. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que l’hindouisme et le bouddhisme en font un des éléments-clés, au même titre que l’eau, le feu ou la terre. En sport aussi, le vent est capital. Tout est prétexte pour lui créer un interstice dans lequel s’engouffrer. Action-réaction, feinte de corps, feinte de frappe, tout est fait pour mettre son adversaire direct dans le vent. En politique aussi. Jean-Michel Blanquer et Roxana Maracineanu, respectivement ministres de l’Éducation nationale et des Sports, l’ont parfaitement compris.

Le 8 février dernier, les deux ministres ont conjointement annoncé le retour du sport à l’école l’après-midi. « Nous travaillons avec le ministère des Sports sur des aménagements du temps scolaire afin de laisser une place plus importante au sport. Je pense par exemple aux après-midi, qui pourraient être libérés pour la pratique sportive », dévoile Jean-Michel Blanquer. Comme quoi, s’agiter dans le vide et brasser de l’air n’est pas réservé qu’aux boxeurs quand ils font du shadow1. Sauf que pour les pratiquants du noble art, c’est utile ! Car, en ce qui concerne cette énième expérimentation qui répond au doux et pompeux nom de « Projet confiance et sport », rien n’est moins sûr…

Vieux comme le monde

Il ne faut pas se leurrer. Ce dispositif ne constitue qu’une réponse superficielle à la pique du président de la République, le 4 février : « On n’est pas au rendez-vous de l’ambition que Paris 2024 doit avoir pour les quartiers d’Île-de-France qui sont les premiers concernés. » Un rappel à l’ordre d’Emmanuel Macron qui n’est pas sans rappeler que les questions en matière d’emploi en vue des Jeux olympiques et paralympiques 2024 représentent des enjeux considérables à long terme. Pour autant, à défaut d’une réponse du ministre du Travail sur la question, c’est son homologue de l’Éducation nationale qui a dégainé le plus vite, en ressortant de ses vieux placards poussiéreux la même ritournelle incessante utilisée à l’envi par ses prédécesseurs depuis un demi-siècle : école le matin, sport l’après-midi.

La secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées Sophie Cluzel (gauche), la ministre des Sports Roxana Maracineanu (milieu) et le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer (droite) étaient auprès des étudiants du collège Dora Maar (Saint Denis) lors de la semaine olympique et paralympique le 4 février 2019. Crédits : Philippe Millereau DPPI Media / DPPI.

« On fait des expérimentations quand on ne sait pas. Mais là, on sait que ça marche ! Qu’il s’agisse d’activités sportives ou culturelles, les résultats sont unanimes. Il n’y a pas de débat sur les résultats de fond de ce genre d’aménagements », souligne Éric Adamkiewicz, maître de conférences en management du sport et développement territorial à l’université Toulouse-III-Paul-Sabatier. De l’expérience de Vanves (1950) mise en place par le docteur Max Fourestier au projet d’Épinal (1990) appuyé par son maire de l’époque, Philippe Séguin, en passant par la République des sports de Calais (1964) lancée par Jacques de Rette, on ne compte plus les tentatives. Ni les résultats probants sur les élèves : qualité du sommeil, ponctualité et discipline, sociabilité avec les parents, épanouissement, autonomie, etc. Et ce n’est pas comme si plus rien n’avait été entrepris depuis 30 ans, le dernier test en la matière remontant au début des années 2010. Avec les mêmes conclusions quant aux effets sur les enfants.

Contradictions

Alors, pourquoi les élèves ne sont-ils pas tous sur le modèle « école le matin, activités culturelles et sportives l’après-midi » ? Car c’est tout bonnement impossible ! « Le seul frein, c’est au niveau de la mise en place concrète. Et c’est extrêmement simple à comprendre : il n’y a pas assez d’équipements sportifs pour accueillir tous les élèves en même temps », tempère Éric Adamkiewicz. D’autant plus que, à en croire le ministre de l’Éducation nationale, ce dispositif aurait vocation à s’étendre sur les élèves de maternelle… De quoi soulever une autre question : celle des encadrants. Qui pour s’occuper des bambins l’après-midi ? Des professeurs d’EPS ? Peu probable pour les lycéens dans la mesure où la réforme de Jean-Michel Blanquer prévoit la diminution du nombre de postes. En passer par des contractuels ? Solliciter le monde associatif ? Laisser les établissements se débrouiller eux-mêmes ? Pour l’heure, aucun élément de réponses même si la dernière solution semble tenir la corde.

Difficile de déceler là-dedans une ligne claire en faveur du sport. En effet, à la suite de la victoire des Bleus au Mondial 2018, le ministre de l’Éducation nationale avait appelé de ses vœux un « élan civique et sportif à l’école ». Or, dans la foulée, ce sont les préconisations du rapport CAP22 qui ont été retenues. D’abord, la mort à petit feu du ministère des Sports au profit de la création d’une Agence du sport qui devrait voir le jour dans les semaines à venir. Ensuite, la suppression massive des conseillers techniques sportifs (CTS) – 1 600 d’ici à 2022 –, valant à Emmanuel Macron une lettre ouverte signée de près de 400 athlètes français s’inquiétant de la place accordée au sport en France. Et pour ne rien arranger, à cela s’ajoute la nette réduction des crédits alloués au ministère des Sports en 2019 (- 10 % hors contributions relatives à Paris 2024).

Qu’en conclure ?

Cette nouvelle expérimentation sur les rythmes scolaires vise-t-elle à contrebalancer ces différentes annonces en défaveur du sport ? Peut-être. Pour autant, il y a fort à croire que, pour les ministres des Sports et de l’Éducation nationale, il s’agit uniquement de gagner du temps avec une mesure superficielle qui occupera l’espace public sans être suivie de faits. Pourquoi ? Car, de 2009 à 2012, Jean-Michel Blanquer officiait en tant que directeur général de l’enseignement scolaire auprès du ministre de l’époque, Luc Chatel. Il était donc parfaitement au courant de la dernière expérience des années 2010. Y compris de ses résultats.

  1. Le shadow consiste à répéter ses gammes dans le vide en s’imaginant un adversaire imaginaire.

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