Quand les JO se moquent du Luxembourg

Personne ne l’avait vu venir. Le 26 juillet 1952, le dossard 406 de Joseph « Josy » Barthel prend tout le monde de court, dépassant tous ses vis-à-vis un à un – y compris l’Allemand Werner Lueg détenteur du record du monde – pour s’adjuger la médaille d’or du 1 500 mètres des JO d’Helsinki. À 25 ans, le jeune coureur de demi-fond devient alors le premier champion olympique du sport luxembourgeois, un pays d’à peine 250 000 habitants à l’époque.

La surprise est telle qu’au moment de célébrer le nouveau champion sur son podium, toute la mécanique olympique, d’ordinaire si précise, s’enraye. Les officiels mettent un temps fou avant de réussir à mettre la main sur le drapeau du grand-duché. Ensuite, c’est l’orchestre qui s’illustre d’une manière assez inhabituelle… en jouant un hymne complètement improvisé ! En effet, au moment de jouer le chant patriotique luxembourgeois (Ons Heemecht), impossible de trouver la partition. Or, devant les 70 000 spectateurs du stade olympique d’Helsinki, il faut bien meubler. Quitte à jouer n’importe quoi ? Absolument ! Le principal intéressé verse d’ailleurs quelques larmes (de honte ou d’émotion ?).

Joseph Barthel verse des larmes pendant que l’orchestre olympique interprète hasardeusement l’hymne luxembourgeois. Crédit : DR.

Records

Il faut dire que même si « Josy » Barthel affiche 11 titres de champion du Luxembourg et une 9e place en finale du 1 500 mètres des JO de Londres, quatre ans plus tôt, son succès n’était prévu par personne. Qui aurait pu imaginer qu’un représentant du Luxembourg puisse passer devant un Allemand recordman du monde (Lueg), un Américain favori (McMillen), ou encore un Britannique prometteur (Bannister), premier coureur à descendre sous les 4 minutes au mile ? Jusqu’alors, seul l’haltérophile Joseph Alzin avait d’ailleurs réussi à ramener une médaille olympique (argent aux JO 1920 d’Anvers) pour le compte du grand-duché.

Josy Barthel (au milieu) devance sur le fil Werner Lueg (droite) et Bob McMillen (gauche) en finale du 1500 mètres aux JO d’Helsinki en 1952. Crédits : INP / AFP.

Mais au-delà du pedigree du pays de « Josy » Barthel, c’est la course en tant que telle qui a de quoi surprendre. Sur les 12 finalistes, 6 battent leur record personnel ! Barthel explose le sien de plus de 3 secondes (3 min 45 sec 2), pour s’offrir en prime le record olympique du 1 500 mètres. Par la suite, « Josy » Barthel ne connaîtra plus pareil succès. En 1956, lors des JO de Melbourne, il sera éliminé dès les séries du 1 500 mètres.

Le champion olympique 1952 devra attendre la fin de sa carrière pour retrouver les honneurs. Président de la Fédération luxembourgeoise d’athlétisme (1962-1972) puis du comité olympique de son pays (1972-1977), il officiera ensuite en tant que ministre des Transports, de l’Énergie, de l’Environnement, du Tourisme et des Communications (1977-1984). De quoi compléter dignement un CV déjà reluisant. Le plus grand stade du pays sera d’ailleurs rebaptisé à nom en 1993, un an après sa mort. Aujourd’hui encore, il demeure le seul athlète du grand-duché à s’être hissé sur le toit de l’Olympe.

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