JO 2020 : dernière ligne droite pour le judo français

Le Tournoi de Paris 2019 déclenche le compte à rebours pour l’équipe de France, à un an et demi des Jeux de Tokyo.

Ça y est, la grand-messe du judo français débute ce week-end (9-10 février) avec la tenue du Tournoi de Paris 2019, à l’AccorHotels Arena (ex-Palais omnisports de Paris-Bercy). L’occasion pour le clan tricolore de tester ses forces vives, avant les championnats du monde de Tokyo au mois de septembre 2019, répétition générale annoncée, 11 mois avant les Jeux olympiques de 2020.

La sélection du tournoi de Paris 2019

Féminines :
-48 kg : Marine LHENRY, Mélanie CLEMENT, Mélodie VAUGARNY, Mallaurie MERCADIER
-52 kg : Faïza MOKDAR, Astride GNETO, Marie ORSINI, Pénélope BONNA
-57 kg : Hélène RECEVEAUX, Sarah-Léonie CYSIQUE, Priscilla GNETO, Automne PAVIA
-63 kg : Clarisse AGBEGNENOU, Maëlle DI CINTIO, Yasmine HORLAVILLE, Inès PREVOT
-70 kg : Margaux PINOT, Marie-Ève GAHIÉ, Clémence EME, Fanny-Estelle POSVITE
-78 kg : Julie PIERRET, Audrey TCHEUMÉO, Madeleine MALONGA, Sama-Hawa CAMARA
+78 kg : Laura FUSEAU, Julia TOLOFUA, Anne-Fatoumata M’BAIRO, Valentine MARCHAND

Masculins :
-60 kg : Romaric Wend-Yam BOUDA, Jolan FLORIMONT, Vincent LIMARE, Luka MKHEIDZE
-66 kg : Kevin AZEMA, Loïc KORVAL, Vang-Si NZAOU, Mathias BOUCHER
-73 kg : Benjamin AXUS, Lucas OTMANE, Sacha FLAMENT, Guillaume CHAINE
-81 kg : Quentin JOUBERT, Nicolas CHILARD, Arman Khalatian, Jonathan ALLARDON
-90 kg : Axel CLERGET, Maxime AMINOT, Alexis MATHIEU, Aurélien DIESSE
-100 kg : Alexandre IDDIR, Cyrille MARET, Nell Honoré ARIANO REBOUKA, Cédric OLIVAR
+100 kg : Messie KATANGA, Nabil ZALAGH, Hadrien LIVOLSI

 

Si le Tournoi de Paris (ou Paris Grand Slam) constitue un indicateur clé de la forme d’une délégation, c’est qu’il s’agit tout simplement de la plus grande compétition du monde. En effet, les meilleurs judokas internationaux sont tous présents sans exception (hors blessure) et l’écrin de Bercy en fait un rendez-vous immanquable et incomparable : 98 pays représentés, 650 judokas sur le tatami, 110 bénévoles, 26 000 spectateurs attendus sur le week-end et une retransmission télé en direct dans 80 pays. D’où l’importance pour la France, grande nation du judo, d’y briller. Ce qu’elle a toujours fait.

Pourtant, depuis quelques années, les indicateurs du clan tricolore ne sont pas au beau fixe. En plus de l’absence de Teddy Riner (année sabbatique), le directeur des équipes de France, Stéphane Traineau, a dû composer avec pas moins de 11 forfaits depuis l’annonce officielle de la sélection. Et non des moindres : Amandine Buchard (-52 kg), numéro 1 mondiale et 3e aux Mondiaux 2018 ; Romane Dicko (+78 kg), championne d’Europe 2018 à 18 ans ; Shirine Boukli (-48 kg), championne de France en titre. De quoi contraster avec une délégation japonaise aux allures de « Dream Team » : 7 champions du monde sur les 23 athlètes engagés, sachant que, chez les filles, ce ne sont que les réservistes (n° 2 et n° 3) qui s’alignent à Paris pour mieux laisser les titulaires recharger les accus au pays avant les Mondiaux à domicile…

Les garçons dans la tourmente

Alors, si côté féminin, la France dispose de solides atouts, avec en première ligne la locomotive Clarisse Agbegnenou (-63 kg, triple championne du monde et quadruple lauréate à Paris), ce sont les partenaires de Teddy Riner qui inquiètent le plus. Car en dehors du double champion olympique – sorte de baobab qui cache la déforestation –, les breloques glanées par le clan masculin lors des sorties internationales s’amoncellent difficilement.

En 2018, lors des derniers championnats du monde, la France ne s’est hissée qu’au 4e rang au tableau des médailles, derrière le Japon, la Géorgie et la Corée du Sud. Un camouflet inédit depuis 2009, à l’arrière-goût amer tant le pays de David Douillet, Angelo Parisi et Marc Alexandre est abonné à la 2e place depuis presque toujours.

Que dire alors de la 10e place des garçons, qui n’ont pas été capables de ramener plus d’une médaille, par l’intermédiaire d’Axel Clerget, lieutenant émérite de Teddy Riner au même titre de Cyrille Maret ? Il y a 20 ans, il y a fort à parier qu’on n’aurait plus revu les judokas coupables de ne pas monter sur la boîte pendant un bon bout de temps…

Égarements

Si la mauvaise passe temporaire peut s’entendre et même s’expliquer par la densification de la concurrence, c’est plus le niveau de judo et l’attitude des Bleus qui interpellent. Lors des dernières compétitions internationales, les athlètes masculins se sont davantage illustrés par leur absence de judo que par leurs prouesses techniques ou leur sens de la projection. Affûtés comme jamais, les Français affichent effectivement une condition physique impressionnante, à faire pâlir les meilleurs crossfitters du monde. Sous la barre, ça pousse fort et lourd. La fonte n’a qu’à bien se tenir. Pour autant, le judo n’est pas une compétition de gros pectoraux, mais une science du déplacement, de la chute et du déséquilibre.

Des fondamentaux, semble-t-il, complètement occultés par les entraîneurs nationaux. Le mot d’ordre à l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep), c’est la bagarre. Alors, ça se bastonne à l’entraînement… et plus en compétition ! Un comble. L’absence de vision des dirigeants du judo français est en train de tuer une discipline historique au pays du coq. La grève des athlètes de club qui a eu lieu il y a un peu plus d’un an1 à l’Insep est une des innombrables preuves de ce mal qui ronge le judo français. Et cela se répercute à tous les étages.

Troisième sport le plus pratiqué de France pendant des décennies derrière le tennis et le football, le judo s’est fait doubler en 2016 par l’équitation et le basket, et reste sous la menace imminente du handball. Un faisceau d’indices qui alerterait plus d’un président. Mais du côté de la FFJ, à écouter son grand manitou moustachu Jean-Luc Rougé, tout va très bien, Madame la Marquise… Le Tournoi de Paris et les prochaines grandes échéances en diront plus.

  1. À l’issue des Mondiaux 2017, la Fédération française de judo (FFJ) a unilatéralement décidé d’interdire la présence des coaches de clubs lors des entraînements collectifs. Or, lors de ces entraînements, ce sont précisément les athlètes de club qui sont conviés. D’où un mouvement de grève initié par les présidents de club.

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