Khalid Ghajji : « Je suis passé de Miss France à Rocky »

De danseur hip-hop à cascadeur, la doublure de Michael B. Jordan, à l’affiche actuellement dans Creed 2, parle de son parcours : ses amours, ses emmerdes, ses projets. Entretien.

C’est l’histoire d’un gamin de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) qui s’est fait une solide place à Hollywood à force de travail et d’abnégation. Khalid Ghajji (37 ans) n’évoque pourtant pas grand-chose aux adeptes du 7e art. Tout l’inverse des productions dans lesquelles il s’est illustré : Creed, Creed 2, Black Panther, Venom, N.W.A : Straight Outta Compton, John Wick 3. En effet, Khalid Ghajji officie dans l’ombre des paillettes, de l’autre côté des affiches de ciné. Il est cascadeur et coordinateur. En clair, c’est lui qui double les stars américaines et qui met en place les chorégraphies des scènes de combat. Un rôle central donc, pour cette catégorie de films.

Une véritable success-story pour ce petit Français qui a posé ses valises de l’autre côté de l’Atlantique sans baragouiner un traître mot d’anglais. Aujourd’hui, il discute librement et sans fard avec Sylvester Stallone, Michael B. Jordan, ou encore le chanteur Usher. À l’occasion de la sortie de Creed 2, il s’est confié à Sport&Associés.

Sport&Associés : Tu as mis un pied dans le milieu fermé du 7e art depuis peu de temps (2013) et pourtant, la liste de tes collaborations est impressionnante. Par quel biais es-tu entré dans le monde du cinéma ?

Khalid Ghajji : La boxe a été ma porte d’entrée dans le milieu de la cascade, donc du cinéma. En 2013, je m’envole pour le Panama et pendant trois mois, j’intègre le tournage du long-métrage Hands of Stone, avec Robert De Niro. Ce film raconte la vie du boxeur panaméen Roberto Duran et je double le chanteur-acteur Usher qui interprète Sugar Ray Leonard. Je suis taillé pour ce rôle de doublure puisque je suis noir et je sais boxer sans truquer. De retour à Los Angeles, je mets ensuite les bouchées doubles à l’entraînement afin de me tenir à l’affût de nouvelles opportunités. Et ça paye ! En 2015, je suis appelé pour Creed 1, puis je pars en Chine afin de doubler Mike Tyson dans Ip Man 3, avec Donnie Yen. À partir de ce moment, j’enchaîne les tournages, dont Black Panther (doublure de Killmonger), NWA : Straight Outta Compton et Creed 2 plus récemment.

Comment s’est passé le tournage de Creed 2 ?
Sur Creed 2, j’étais chorégraphe de combat, mais également doublure de Michael B. Jordan. Dans un film de boxe, l’illusion est difficile, car l’acteur porte uniquement un short, donc les différences entre l’acteur et sa doublure sont extrêmement difficiles à gommer. Sur Creed 1 et 2, l’équipe technique s’est donc basée sur mes performances pour faire la lumière et les différentes balances. Je devais épouser au plus près les mimiques de Michael B. Jordan. Plus spécifiquement pour Creed 2, j’ai passé deux mois – un à Los Angeles et l’autre à Philadelphie – à entraîner les acteurs et mettre au point nos chorégraphies. Le tournage a quant à lui duré trois mois.

Quelle est la nature de ta relation avec Michael B. Jordan ?
C’est vraiment un super gars. On s’entend bien et notre relation est naturelle, car on peut vraiment se rentrer dedans. Je ne prends pas de pincettes avec lui ! Michael est un gros bosseur qui avale sans se plaindre ses trois heures de boxe par jour pendant des mois. Creed 1 était son premier film du genre et je sais qu’il a été éprouvé mentalement et physiquement. Sur Creed 2, son gain sur le plan pugilistique nous a permis de placer la barre plus haut.

C’est-à-dire ?
Creed 2, c’est le projet le plus difficile sur lequel j’ai eu à travailler. Pour le combat final, nous avons dû faire trois versions de 11 rounds et deux de 3 rounds du premier combat avec Drago. La vraie difficulté était de tout filmer en vitesse réelle pour les besoins du réalisateur.

Michael B. Jordan (gauche) et Florian Munteanu (droite) posent avec Khalid Ghajji après la dernière scène de Creed 2.

Sur le plateau, comment une figure aussi mythique de la boxe au cinéma que Sylvester Stallone se comporte-t-elle ?
Au quotidien, c’est un homme généreux et très drôle qui n’est pas avare en anecdotes. En revanche, il est intransigeant sur le plan professionnel. Gare aux planqués ! J’ai beaucoup de respect pour les gens passionnés et les bosseurs. Stallone fait partie de cette catégorie de personnes.

Rien ne te prédestinait pourtant à finir entre Rocky et Drago. Et encore moins à doubler le fils d’Apollo Creed…
C’est vrai. Je suis né à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) avant qu’on déménage à Meaux (Seine-et-Marne) avec ma famille quand j’avais 5 ans. Pour autant, avec mon père et mes frères, nous avons passé beaucoup de temps devant les films de Jacky Chan. Je pense que c’est le déclenchement de ma passion pour les arts martiaux et pour le métier de cascadeur. J’ai d’ailleurs longtemps pratiqué le karaté puis le kick-boxing avec mon frère Karim (champion du monde de kick-boxing, NDLR). Tout part de là.

Pourtant, c’est d’abord à travers la danse que tu trouves ton terrain d’expression ?
À l’époque, je traîne les pieds pour aller à l’école et en parallèle je rencontre le breakdance. Avec mon frère Karim et quelques potes du collège, nous nous rassemblons pour danser puis nous fondons notre propre crew (Fantastik Armada, NDLR). Le break devient alors notre mode de vie. On multiplie les shows et les battles et Fantastik Armada se forge une solide notoriété dans le milieu.

Tu t’essayes également à des styles plus « classiques »…
Absolument. Comme je ne suis pas un fondu des cours, je tente, à l’âge de 20 ans, une audition pour la comédie musicale Autant en emporte le vent (mise en scène en 2003 par Kamel Ouali, NDLR). Je deviens danseur professionnel. J’intègre la troupe et je tourne avec eux pendant deux ans. Du coup, je multiplie les expériences et les plateaux télé : Miss France, Star Academy, etc. Puis viennent d’autres comédies musicales à succès comme Les Dix Commandements ou Roméo et Juliette. Malgré ça, j’aspire à découvrir d’autres horizons. Je décide donc de tout plaquer pour m’adonner de nouveau au break et aux acrobaties.

Khalid Ghajji double Mike Tyson dans le film Ip Man 3. Crédit : DR.

Jusqu’à ce voyage aux États-Unis…
Depuis un moment, je cogite sur mon avenir en ayant l’intime conviction que mon futur se trouve hors de nos frontières. En mars 2009, je décide alors de partir à Los Angeles en vacances avec des potes. Mais en parallèle, j’ai également dans un coin de ma tête l’idée d’appréhender le mode de vie local. Sur place, je croise une jeune Française installée aux USA qui évolue dans le milieu du breakdance. Je vois dans cette rencontre providentielle un signe du destin. Nous restons en contact pendant mon retour en France puis je reviens quatre mois après bien décidé à entamer une nouvelle vie aux côtés de celle qui va devenir ma femme !

Khalid Ghajji sur le tournage du blockbuster américain Black Panther. Crédit : DR..

Comment se déroulent les premiers temps au pays de l’oncle Sam ?
Nous ne sommes pas très fortunés, mais nous parvenons à acheter une petite maison dans un quartier modeste. Néanmoins, le logement nécessite de nombreux travaux. Ma femme fait appel à des professionnels du BTP, mais nous déchantons très vite devant les sommes demandées. À cette époque, je ne parle pas encore anglais et je suis seul, sans amis. Je passe alors mes journées à visionner des tutos travaux sur YouTube. Je me forme sur le tas à la maçonnerie et trois ans plus tard, le prix de la maison est multiplié par 3, ce qui nous permet de dégager un bel apport pour acheter plus grand. À ce moment-là, nous envisageons même d’acquérir le terrain d’une vieille maison et le « retaper » avec l’aide d’un électricien et d’un plombier. Mais les plans changent du tout au tout, car ma femme tombe enceinte. Du coup, on décide simplement de garder la maison.

Et côté sport ?
En arrivant à Los Angeles, je cherche un club de kick-boxing, mais ce n’est pas si évident à trouver, car la majorité des salles enseignent le muay thaï et le MMA. Mais comme je n’ai pas grand-chose à faire, je me lance dans le muay thaï en effectuant quelques combats. Le propriétaire de la salle étant issu du noble art, je suis également amené à pratiquer la boxe anglaise pendant les absences du prof de thaï. Et ce n’est pas très naturel dans la mesure où, à l’origine, je ne nourris pas un amour particulier pour ce style pugilistique. Pourtant, à force de travail, je finis par acquérir de solides bases. C’est à cette période que je rencontre un Français – Émilien de Falco – établi depuis longtemps aux États-Unis et qui travaille en tant que cascadeur. Automatiquement, ça a réveillé en moi ces rêves de gamin ! Je suis alors âgé de 28 ans, mais Émilien me rassure quant aux possibilités offertes. Je disposais vraisemblablement des qualités requises…

Creed 2

Creed 2 est sorti en France le 9 janvier et s’est classé, avec 163 607 spectateurs, en tête du box-office devant Les Invisibles et Edmond. Aux États-Unis, le film, en salle depuis le 21 novembre 2018, avait déjà engendré 58 millions de dollars de recettes lors de sa première semaine. Réalisé par Steven Capple Jr., Creed 2 voit ressurgir Ivan Drago (Dolph Lundgren), celui qui a tué sur le ring Apollo Creed, le père du héros Adonis (Michael B. Jordan). Le boxeur russe revient pour défier Adonis avec son fils, Viktor (Florian Munteanu).

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