La Draft ou comment maintenir l’intérêt du jeu à son zénith

Chaque année, les plus mauvaises équipes nord-américaines ont la possibilité de recruter les meilleurs joueurs universitaires, afin de renforcer leurs effectifs et devenir à nouveau compétitives. C’est la fameuse Draft.

Tapis rouge, costumes extravagants, télévisions, public en délire… On se croirait au Festival de Cannes ou aux Oscars. À un détail près, ce ne sont pas des stars du cinéma qui défilent, mais des étudiants-athlètes ! En effet, chaque année, les plus grandes ligues de sport nord-américaines (NBA, NFL, MLB, NHL) organisent cet événement mythique et profondément ancré dans la société qu’on appelle la Draft. Le but : recruter les meilleurs joueurs universitaires de chaque sport, afin de renforcer le championnat et permettre aux plus mauvaises équipes de devenir plus compétitives.

Concept

La Draft est une cérémonie qui a pour mission d’offrir aux équipes les plus mal classées la possibilité de « se refaire » une santé. Dans cette démarche, la Draft permet aux franchises américaines de recruter les meilleurs jeunes joueurs du pays en passe de devenir professionnels. Imaginez par exemple que, plutôt que de tomber en 2e division, le FC Metz se maintienne en Ligue 1 et puisse recruter cet été le meilleur espoir du football français sans que personne ne puisse l’en empêcher. C’est ça la Draft.

Tapis rouge

La cérémonie de la Draft est entrée dans les mœurs au même titre que la cérémonie des Oscars. Une soirée inoubliable pour les futurs pros. Vêtus de leurs plus beaux – voire fantasques – costumes et évidemment coiffés de la casquette de l’équipe qui les a sélectionnés, ils rejoignent sur scène le directeur de la Ligue, face à un public de fans en délire. L’occasion de faire un point média pour livrer le premier grand souvenir de leur carrière professionnelle.


Comme à chaque Draft, les jeunes prodiges se démarquent aussi grâce à leurs costumes. Crédit : nba.com.

Qui s’y présente ?

Près de 85 % des athlètes draftés sont d’anciens étudiants d’origine américaine. En effet, il existe aux États-Unis une filiation directe entre le monde professionnel et les équipes universitaires. Contrairement au fonctionnement européen du sport, ce ne sont pas les clubs qui forment les jeunes sportifs, mais bien les lycées et les universités.

Ceux-ci possèdent d’immenses moyens pour recruter et former les futures stars des grandes ligues. Selon USA Today, en 2015-2016, 10 milliards de dollars ont été dépensés par les 230 plus grandes universités des États-Unis pour développer leurs jeunes athlètes.

Loterie

Afin de déterminer qui aura le premier choix de la Draft (ainsi que les suivants), les différentes équipes sont sujettes à ce qu’on appelle une « loterie ». En fonction des sports, celle-ci varie. En NBA, c’est comme au loto : des boules numérotées placées dans un tambour sont attribuées aux plus mauvaises franchises. Plus celle-ci est mal classée, plus elle possède de boules. L’équipe qui obtient ainsi le total le plus important se voit décerné le premier choix. C’est le même fonctionnement pour le 2e choix, le 3e choix, etc.


Les Cleveland Cavaliers célèbrent leur tirage du 1er choix de la Draft NBA. Crédit : nba.com.

En NFL, le système est plus simple : la plus mauvaise équipe de la saison précédente reçoit de facto le premier choix, la seconde hérite du deuxième et ainsi de suite. En cas d’égalité de bilan victoires-défaites, les franchises sont départagées à pile ou face !

Comment les joueurs sont-ils sélectionnés ?

Si chaque année le nombre de joueurs qui se présentent à la Draft se compte en une dizaine de milliers, les places réservées sont strictement limitées : 60 en NBA, 217 en NHL, 256 en NFL et 1 215 en MLB (ce nombre peut varier, mais il est fixé en amont de chaque Draft).

Tableau de la Draft NBA 2018. Crédit : nba.com.

Chaque joueur est retenu selon des critères sportifs propres à chaque équipe. Pendant plusieurs années, les performances des jeunes basketteurs sont méticuleusement scrutées et décryptées par les recruteurs des différentes franchises. Appelés outre-Atlantique « scouts », ces experts soumettent avant chaque Draft une liste réduite de joueurs susceptibles de faire carrière et de répondre aux attentes sportives de leurs équipes. À partir de cette présélection, les entraîneurs et directeurs sportifs font alors passer différents tests physiques, techniques et psychologiques aux athlètes qui les intéressent. Le but est d’affiner la liste au maximum. Parmi ces tests, voici quelques performances physiques qui valent le détour :

  • Gerald Sensabaugh (NFL) a réalisé un saut sans élan de 1,17 m de hauteur.
  • Stephen Paea (NFL) a effectué 49 répétitions à 102 kilogrammes au développé couché.
  • John Ross (NFL) a couru 36,58 m en 4,22 secondes.
  • Byron Jones (NFL) a réussi un saut en longueur sans élan de 3,74 m.

Parmi les questions posées aux joueurs, en voici une sélection :

  • Pourquoi les couvercles de bouche d’égout sont-ils ronds ?
  • Vous êtes un crayon, coincé dans un taille-crayon. Comment faites-vous pour vous échapper ?
  • De quelle couleur est le chocolat ?
  • Quel type de poisson êtes-vous ?

Âge légal

Il existe quelques règles qui régissent l’éligibilité à la Draft. Par exemple en NBA, tous les joueurs de la planète ayant atteint l’âge de 22 ans peuvent être sélectionnés. Leur inscription est automatique à partir du moment où leur cursus universitaire est terminé. En NFL, il faut avoir quitté le lycée depuis au moins trois ans pour se rendre admissible à la Draft. Chaque ligue possède ses particularités comme le fait d’ouvrir ou non ses portes aux étudiants qui sortent du lycée (MLB), accepter les athlètes dès 19 ans suivant un cahier des charges bien précis (NBA), ou encore autoriser les joueurs ayant effectué au moins une année professionnelle à l’étranger (NBA).

Pourquoi ça existe ?

Les sports professionnels américains sont organisés dans des ligues fermées où l’intérêt général prime sur les ambitions locales et où un championnat attrayant vaut plus qu’un palmarès. Les revenus sont partagés, les masses salariales contrôlées (salary cap) et les équipes les moins performantes ne peuvent être reléguées. La Draft est donc un moyen ingénieux de préserver l’intérêt du spectacle. Donc, par extension, l’attractivité d’une compétition sur laquelle reposent des profits gigantesques.

Contrats spéciaux

Quand un joueur est drafté, ses « droits » (comme on dit outre-Atlantique) appartiennent à l’équipe qui l’a sélectionné. C’est-à-dire que celle-ci, et aucune autre, n’est en mesure de lui offrir un contrat. En fonction de son positionnement dans la Draft, l’athlète se voit offrir un type de contrat spécifique prévu par le règlement de la Ligue en question : plus un joueur est drafté en haut de tableau, plus il a de chances de recevoir un contrat juteux et sur le long terme. Et inversement, s’il est sélectionné en fin de tableau : il peut être sujet à un contrat non garanti…

Mr Irrelevant

« Monsieur Sans-Intérêt ». C’est le triste mais véridique nom donné au joueur sélectionné en dernière position de la Draft NFL (256e) ! Une tradition qui remonte à 1976 et à l’histoire du receveur Kelvin Kirk. Choisi par les Pittsburgh Steelers, il n’est finalement pas parvenu à gagner sa place dans l’équipe au cours des entraînements. Il aura cependant une longue carrière dans la CFL, la ligue canadienne de football américain.

On surnomme « Mr Irrelevant » le dernier choix de la Draft NFL. Crédit : nfl.com.

Insolite

En 1974, les Atlanta Hawks (NBA) annoncent la sélection de James Williams en 10e position de la Draft. Totalement inconnu au bataillon, le joueur s’avère être en réalité… le fils du directeur sportif, Pat Williams ! Il déclare alors en direct : « En provenance de l’hôpital de Piedmont, à Atlanta, il mesure 50 cm pour 3,5 kg. » Le jeune garçon venait de naître, le même jour que la Draft ! Après un bref silence de mort dans la salle, la NBA, peu connue pour son sens de l’humour, annonce sèchement par l’intermédiaire de son commissaire adjoint : « Refusé ! »

Le saviez-vous ?

Un mois avant de remporter quatre médailles d’or aux Jeux olympiques de Los Angeles en 1984, Carl Lewis avait été drafté en NBA par les Chicago Bulls de Michael Jordan et par les Dallas Cowboys en NFL.

Machisme ?

En 1969, la franchise de basket-ball des San Francisco Warriors se voit refuser la sélection de Denise Long, une lycéenne de l’Iowa qui tournait à 68,2 points de moyenne par match. Un débat sur le mélange des sexes qui a été relancé dans les années 2000 lorsque l’exubérant propriétaire des Dallas Mavericks, Mark Cuban, a déclaré vouloir drafter Brittney Griner, une intérieure de 2,03 m capable de dunker aisément.

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