Mansour Barnaoui : le combat qui valait 1 million !

L’enfant de Malakoff (Hauts-de-Seine) tentera de remporter, le 23 février, la finale d’un tournoi historique par sa forme et ses enjeux financiers.

Difficile de tomber dans le biopic, mais à seulement 26 ans, Mansour Barnaoui possède un palmarès qui en dit long sur son parcours (17 victoires, 4 défaites chez les professionnels). Pourtant, du haut de son jeune âge, il s’apprête à entrer dans la cage pour livrer (déjà ?) le match de sa vie. Samedi 23 février, du côté de Séoul (Corée du Sud), c’est Shamil Zavurov, cousin du champion de l’UFC Khabib Nurmagomedov, et redoutable adversaire, qui se dressera face au gamin des Hauts-de-Seine, en finale du ROAD FC 52 (voir lexique ci-dessous). En jeu : un titre, une victoire, une ligne en plus sur un palmarès déjà bien garni. Mais surtout un pactole : 1 million de dollars ! De quoi faire tourner des têtes et faire disjoncter le petit monde du MMA hexagonal.

Des débuts précoces

L’histoire de Mansour Barnaoui est celle d’un gamin de Malakoff, en région parisienne, qui reste profondément attaché à son coach Aziz et sa bande de potes. À 14 ans, il découvre les sports de combat à travers le grappling, sous l’impulsion de son voisin de palier, Aziz, fondateur du team Magnum. Un club né de la volonté de rendre accessibles les arts martiaux aux jeunes de la cité qui n’ont pas forcément les moyens d’aller taquiner le cuir dans d’autres salles. L’adolescent y fait donc ses toutes premières armes. Avec son lot de coups de foudre. D’abord, le grappling puis le noble art avant de s’adonner au pancrace, la forme édulcorée du MMA (sans frappes au sol).

Après deux années de pratique, Mansour Barnaoui effectue ses premiers combats en grappling et en pancrace chez Daniel Quoniam, une légende des arts martiaux en France qui organise ses propres tournois à Montrouge (Hauts-de-Seine). Repéré lors d’un de ces événements par le principal promoteur français, Stéphane Chaufourier, le Francilien est invité à combattre, en 2011, au sein des Contenders, ces tournois organisés en plein cœur de Paris, dont l’objectif est de révéler les futurs talents de la scène hexagonale. Mansour Barnaoui fait ainsi ses débuts, un 9 février 2011, alors qu’il vient de souffler ses 18 bougies. Dans la même soirée, il livre trois combats – ce qui est aujourd’hui impossible – face à des adversaires bien plus aguerris. Pas de quoi refroidir le représentant de Malakoff qui chauffe à blanc le public parisien en éliminant tous ses adversaires avant la limite. Et de s’emparer de la ceinture des poids légers (70 kg) avec une facilité déconcertante. Quelques mois plus tard, au sein de la même organisation, il survole un nouveau tournoi face à des champions établis lors du 100 % Fight 10. Sa carrière en France est bel et bien lancée…

En 2011, il prend la ceinture du 100 % Fight, la plus grande organisation de pancrace en France. Crédit : Julien Brondani.

Domination européenne

Il ne faut pas attendre longtemps avant que les sirènes des cages de MMA l’attirent dans leurs filets. En 2012, ses débuts au sein du Cage Warriors, une promotion britannique qui bénéficie d’un rayonnement mondial, sont d’ailleurs bien cocasses. De nationalité tunisienne, Mansour Barnaoui connaît des problèmes de visa et manque même de rater son vol pour Abu Dhabi (Émirats arabes unis) où se déroule le combat. Malgré la précipitation, tout rentre idéalement dans l’ordre : l’adversaire du soir, Brad Wheeler, ne verra pas la fin de la rencontre.

Quelques mois plus tard, il connaît sa première défaite au sein de l’Instinct MMA, une organisation québécoise qui ne lui offrira pas de seconde chance. En 2013, Mansour Barnaoui enchaîne les combats – 5 au total –, essuyant une défaite au M-1 (organisation russe), mais remportant son premier titre international au BAMMA face à Curt Waberton, un vétéran de l’UFC. L’ascension fulgurante du Tunisien est brutalement stoppée, à cause d’une blessure qui l’éloignera des rings pendant deux années.

Lors du BAMMA 14 à Birmingham, il soumet l’Anglais Colin Fletcher et conserve sa ceinture lightweight de cette organisation britannique. Crédit : Julien Brondani.

En mai 2015, le gamin de Malakoff refera parler de lui en s’emparant de la ceinture des poids légers du M-1 face à Maxim Divnich. L’exploit est d’autant plus remarquable que tous les spécialistes diront qu’il est très difficile de gagner face à un Russe en Russie. Ainsi, à seulement 23 ans, « Tarzan » – son surnom de l’époque – règne sur la faune européenne avec deux ceintures autour de la taille : une première dans l’histoire de ce sport pour un fighter made in France ! Évidemment, l’UFC regarde d’un œil attentif cette pépite, mais se montre frileux quant à la nationalité tunisienne de Mansour. En effet, la peur de voir des combats annulés faute de visa comporte un facteur risque pour la firme nord-américaine.

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Hit the Road FC !

Désormais, Mansour fait peur. Tant et si bien que le BAMMA et le M-1 peinent à lui trouver des adversaires à sa mesure. Alors, en 2016, la graine de champion s’exporte en Pologne au sein du KSW avant de s’engager, l’année suivante, avec le ROAD FC et son million de dollars. Le Malakoffiot et son staff font alors le choix de cette jeune organisation sud-coréenne, lancée en 2010, qui propose un format inédit avec un tournoi regroupant 40 combattants et dont le vainqueur empochera la somme faramineuse de 1 million (total des primes cumulées). Si la Corée du Sud n’est pas une place forte du MMA sur l’échiquier mondial, de nombreux athlètes y compris ceux évoluant à l’UFC rêvent de décrocher le magot. Mansour Barnaoui repousse donc les avances de la tant convoitée UFC pour conquérir l’or (et l’argent) du ROAD FC. 

Ses aventures coréennes débutent le 15 avril 2017 avec une première victoire par soumission. Puis, le « Million dollars Tounsi » enchaîne deux autres combattants qui ne résistent pas à ses longs tentacules (victoires par soumission). « Tarzan » se retrouve ainsi, à 26 ans, en finale du tournoi le plus convoité du monde face à un solide adversaire venu du Daghestan (province russe). En plus d’empocher la coquette somme de 1 million de dollars, le vainqueur de cet affrontement combattra pour la ceinture des poids légers de l’organisation. Titre aujourd’hui détenu par le Coréen, Kwon A-Sol.

La rencontre : forces et faiblesses

L’adversaire de Mansour Barnaoui, Shamil Zavurov connu sous le doux sobriquet du « Lion du Daghestan » est le cousin du champion de l’UFC Khabib Nurmagomedov, tombeur de l’Irlandais Conor McGregor. Élevé à l’école soviétique, Shamil Zavurov (34 ans) revendique trois titres de champion du monde de Sambo et dispose d’un éloquent record en MMA de 35 victoires pour 5 défaites et 1 nul. À l’instar de la majorité des combattants russes, sa carrière s’est essentiellement déroulée au pays, au sein du M-1 et d’autres organisations locales. Les conditions financières étant plus avantageuses que dans d’autres promotions internationales de même envergure, les athlètes russes choisissent naturellement de rester à la maison.

Son striking désarçonne les combattants les plus chevronnés. Ici face à Ivan Mussardo au SHC 6 à Genève. Crédit : Julien Brondani.

Sous l’angle international, Mansour Barnaoui est donné perdant à 24 % contre 76 % en faveur de son adversaire par le site américain Tapology. Si la rencontre s’annonce difficile, le Tunisien a pour lui son allonge (183 cm face aux 172 cm du Russe), un cardio de folie et un sol exceptionnel qui lui permet de rivaliser avec les meilleurs grapplers. Jamais battu avant la limite (4 défaites), l’Afro-Samurai (son nouveau surnom) possède également un mental à toute épreuve. Par le passé, même dominé, comme face à Colin Fletcher lors de défense de titre au BAMMA ou contre le Suisse Ivan Mussardo au SHC, Mansour Barnaoui a toujours su trouver les ressources pour revenir dans la partie. Un côté tête brûlée pas forcément idéal, car le Tunisien a parfois besoin de se mettre en danger pour faire exploser son grain de folie et ainsi porter l’estocade.

Notre pronostic

Pour rétablir la balance des prévisionnistes américains, nous pencherions plutôt en faveur d’un 50-50. La clé de la victoire pourrait se trouver dans l’annihilation de la lutte de Zavurov et un Mansour marquant ses points en striking face à un combattant plus calculateur. Mettre K.-O. Zavurov, Mansour en est largement capable, l’inverse étant moins plausible. Soumettre le Russe, le Tunisien en a également les moyens dans la mesure où il peut travailler depuis n’importe quelle position. La véritable crainte dans cette rencontre, c’est d’aller à la décision. Car les juges pourraient pencher en faveur du lutteur et de son cage control (faculté à maîtriser l’espace grillagé dans les phases de lutte)… Réponse samedi 23 février !

Un personnage attachant

De tous les combattants évoluant en France, Mansour Barnaoui est probablement l’un des plus énigmatiques, mais également le plus attachant. Réservé, l’homme parle peu et ne semble véritablement à l’aise qu’avec sa bande de potes du quartier. Mansour Barnaoui est resté avec son coach de toujours, Aziz, avec qui il entretient une relation quasi fraternelle. 

Mansour avec son coach Aziz « Magnum » (polo rouge) et son entourage proche. Crédit : Julien Brondani.

Et même s’il effectue des camps d’entraînement réguliers au Tristar, chez Georges St-Pierre, et a reçu de nombreuses propositions, c’est à Malakoff, entouré par une équipe solide, qu’il trouve son équilibre. En dehors des cages de MMA, Mansour est également un fondu des sports de glisse et des mangas, deux univers qui passionnent ce diamant brut.

Lexique et termes utiles

Surnom de Mansour Barnaoui, donné par les Asiatiques en raison de sa coiffure, sa couleur de peau et ses aptitudes guerrières dans l’aire de combat.

Forme de combat qui regroupe tous les sports de combat et arts martiaux et toutes les distances (pieds-poings, projections, lutte et combat au sol). Les compétitions sont interdites en France notamment à cause des coups au sol et de l’aire de combat grillagée, communément appelée cage. Néanmoins, en France, les athlètes peuvent évoluer sur un ring ou sur un tatami dans les règles du pancrace (absence de coups au sol, interdiction des coups de coude).

Organisation sud-coréenne lancée en 2010.

Aptitudes d’un combattant à donner des coups debout. Le striking englobe toutes les actions de pieds-poings comme dans une opposition classique en boxe thaïe ou kick-boxing.

Terme américain générique qui regroupe les sports de préhension l’ensemble des techniques de lutte, de contrôle et soumission (étranglement, clés articulaires).

Organisation de MMA outre-Manche.

Art martial russe qui se décline sous deux formes, combat (semblable au MMA avec un tapis de lutte) et sportif (forme proche du judo).

L’équipe de MMA de Mansour Barnaoui créée par le coach Aziz, dit « Magnum ». Le club est situé à Malakoff en banlieue parisienne.

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