Masques à glace

Essentiels à la protection des gardiens de but, les casques ont mis du temps avant de s’imposer et de devenir des accessoires techniques.

Si les ailes de papillon sont magnifiques à nos yeux, elles sont aux prédateurs une vision terrifiante destinée à les faire fuir. Chez les hommes également, les samouraïs, les chevaliers ou les gladiateurs se recouvraient le visage de peintures, casques ou masques. De formes hostiles, parfois décorés d’arabesques ou de dessins austères, ils avaient pour but de susciter la peur chez leurs ennemis.

De nos jours, cette attitude guerrière se traduit dans un sport et un poste en particulier : gardien de but de hockey sur glace. Dernier rempart devant la ligne de but, son rôle dépasse largement le simple fait d’arrêter des tirs. Il doit faire douter l’attaquant, le faire hésiter, lui faire perdre ses moyens lors des face-à-face. Et pour se faire, le gardien a droit à un accessoire : un masque de protection personnalisé.

L’ancien gardien des Chicago Blackhawks, Murray Bannerman, avec son célèbre masque d’inspiration asiatique. Crédit : NHL.

Les origines

Le poste de gardien en hockey est singulier : cloîtré dans une zone de 2 mètres carrés, il doit repousser pendant 60 minutes une trentaine de palets en caoutchouc lancés… à plus de 150 km/h ! Une position dont la dangerosité évidente justifie le port de multiples protections renforcées, dont une au visage. Pourtant, à ses débuts, le hockey sur glace ne prévoyait aucun équipement pour protéger la tête des joueurs… Du coup, pendant plus d’un demi-siècle, les gardiens de but ont fait face à toutes sortes de violences extrêmes à visage découvert.

Au cours des années 1920, alors que la NHL commence à s’attarder sur les protections du haut du corps en raison du jeu qui devient plus robuste, Clint Benedict devient le premier goal à fouler la glace avec un casque (1929). Une initiative sécuritaire qui ne conquiert pas du tout le reste de la ligue. Il faut en effet attendre trente ans pour voir un gardien lui emboîter le pas… En 1959, le portier des Montréal Canadiens, Jacques Plante, subit une blessure au visage traumatisante (balafre sur la moitié du visage) qui l’écarte plusieurs matches de la glace. Avant d’accepter de revenir à la compétition, il se confectionne lui-même, dans son garage, un masque de verre, épousant les contours de sa face, afin de se protéger. Problème : celui-ci brisait souvent à cause du choc thermique entre la chaleur de son visage et la température sur la patinoire.

En raison de blessures au visage à répétition, Jacques Plante s’est confectionné son propre masque. Crédit : DR.

C’est véritablement dans les années 1970 que le casque se standardise et incorpore plus de technologie. À la suite du décès de Bill Masterton en 1968, tombé sur l’arrière de sa tête après une collision, de nombreux joueurs – gardiens et de champ – ont commencé à protéger leur tête. Mais ce n’est qu’en 1979 – soit 11 ans après la mort du hockeyeur des Minnesota North Stars – que la NHL décide de rendre obligatoire le port d’un casque.

D’équipement à icône

Depuis Jacques Plante et sa création de fortune, le masque de gardien a connu plusieurs évolutions. La plus célèbre et déterminante demeure celle introduite par le gardien soviétique Vladislav Tretiak en 1972. Au cours de la « Série du siècle » – 8 matches internationaux entre le Canada et l’URSS organisés pour déterminer la meilleure équipe de hockey sur glace au monde –, Vladislav Tretiak se pointe sur la glace avec un casque recouvrant intégralement sa tête, accompagnée d’une grille faciale. Une première qui se popularise rapidement dans le monde du hockey, devenant ainsi la base des protections modernes.

Vladislav Tretiak est à l’origine du premier masque à grille. Crédit DR.

L’autre évolution majeure relative aux masques est un protège-gorge, devenu obligatoire en 1989 à la suite d’un grave accident : la jugulaire de Clint Malarchuk est tranchée par le patin d’un joueur adverse. Le gardien frôle la mort mais s’en sort. Il ne retrouvera toutefois jamais son niveau et souffrira de plusieurs dépressions.

Les matériaux

Il existe plusieurs types de protections faciales. Certaines sont fabriquées en matière synthétique très résistante et protègent entièrement la tête tout en proposant une partie renforcée de broches, pour offrir une plus grande sécurité au niveau des yeux ainsi qu’une meilleure ventilation.

Les modèles les plus protecteurs sont élaborés en fibre de verre avec une grille fixée au milieu. Ils peuvent être également conçus à partir de fibre de carbone ou d’un mélange de fibre de verre et de Kevlar. Ces masques sont bien plus adaptés pour résister aux impacts de palets allant à grande vitesse.

Les casques en plastique, plus légers que ceux en fibre de verre ou autres matériaux composites, offrent pour leur part une plus grande ouverture au niveau des yeux pour une meilleure vision du palet. Ils permettent également de diminuer sensiblement la sensation de claustrophobie que peut ressentir un gardien.

Toutes ces protections faciales ont profondément changé la manière de jouer des gardiens. Le supplément de sécurité qu’elles offrent leur permet de s’agenouiller pour arrêter un tir et de prendre certains risques pour stopper un palet sans craindre de se blesser.

Ces masques qui ont marqué les esprits de la rédaction

Le masque est le seul équipement de hockey sur glace dont la personnalisation est autorisée. Alors, les gardiens redoublent d’ingéniosité pour les décorer de manière particulière et atypique. Voici notre sélection des créations les plus marquantes :

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