Et si… Paul-Henri Mathieu avait battu Youzhny en finale de Coupe Davis en 2002 ?

Seize ans. Seize années de lose écrites en lettres capitales sur le fronton des bâtiments de la Fédération française de tennis (FFT). Seize ans durant lesquels aucun titre majeur n’est venu garnir la vitrine du tennis masculin français.

Entre 2001 et 2017, pas une seule Coupe Davis, pas un seul tournoi du grand chelem. On a compté, en tout, ça fait 79 compétitions de suite : 15 campagnes de Coupe Davis, 64 tournois du grand chelem. Et à chaque fois, les Français sont rentrés au bercail avec comme seul butin le néant. Pas terrible pour une génération dite dorée, à qui il était promis monts et merveilles. Et pourtant, tout aurait pu être si différent…

Quand Paul-Henri Mathieu entre sur le court du palais omnisports de Paris-Bercy ce 1er décembre 2002, il est environ 16 heures. Marat Safin vient de battre Sébastien Grosjean en trois sets (6-3, 6-2, 7-6) et le destin de cette finale va se jouer entre deux mômes de 20 ans. Le 5e match décisif aurait pu être Escudé-Kafelnikov, ce sera finalement Mathieu-Youzhny. La suite est connue : malgré deux sets et un break d’avance, le Français s’effondre et la Russie s’impose, au terme d’un scénario aussi crédible sur le papier que la remontada du Barça contre le PSG.

Et si Paul-Henri Mathieu l’avait gagné ce match ? C’est toute l’histoire moderne du tennis qui s’en serait trouvée bouleversée. Voyez plutôt… (Attention tout ce qui suit n’est que pure fiction.)



Mathieu garde son break d’avance dans le 3e set et l’emporte finalement (6-3, 6-2, 6-4). La France conserve alors son saladier d’argent, acquis en 2001 aux dépens de l’Australie. « C’est une victoire logique, se félicite Paul-Henri Mathieu en conférence de presse après la rencontre. Quand j’y repense, j’aurais même dû battre Safin lors du premier simple. Ça nous aurait évité de revenir le dimanche ! »

Le garçon, chez qui on décèle une pointe de suffisance, adopte un ton que ses proches ne lui connaissent pas. Mais à 20 ans et après un tel exploit, tout est pardonné à la nouvelle coqueluche de la presse française qui le voit comme le successeur désigné de la génération Clément-Grosjean-Escudé et autres Santoro.

L’ascension

La route du 36e joueur mondial, vainqueur de Roland-Garros juniors deux ans plus tôt, semble désormais toute tracée vers les sommets du tennis. Tout le monde y croit, Paulo le premier, dont les pieds ne touchent plus terre depuis cette médiatisation soudaine. Invité au journal de 20 heures trois jours après son succès retentissant, il confie à Claire Chazal ne plus être tout à fait le même homme : « C’est difficile de trouver de la tranquillité aujourd’hui. C’est pour ça que j’ai choisi la Suisse, l’endroit parfait pour évoluer dans un environnement sain. »

Crédit : DR. PHM fait parler son talent sur surface rapide.

Après une courte trêve hivernale, Paul-Henri Mathieu continue de surfer sur sa vague de confiance post-Coupe Davis. Il attaque la saison 2003 pied au plancher avec une demi-finale à l’Open d’Australie, seulement battu par un jeune Américain d’à peine 21 ans, Andy Roddick.

« Cette odeur de graillon dans les tribunes m’a empêché de développer mon jeu. J’avais l’impression de jouer dans un fast-food et du coup, je me suis senti lourd sur le court. »

Membre du top 15 et tête de série dans les tournois du grand chelem, Paulo fait maintenant partie des hommes à battre et doit assumer son statut. Pourtant, il est éliminé dès le premier tour de Roland-Garros par son compatriote Nicolas Coutelot. « Je suis désolé pour Paulo. Je sais qu’il avait des ambitions dans ce tournoi », s’excuse presque le 208e mondial, consterné après sa victoire-surprise.

Une péripétie finalement pour Mathieu puisqu’un mois plus tard, à Wimbledon, il ne s’incline qu’en quart de finale (sorti par Mark Philippoussis). PHM conclut sa saison en accédant aux huitièmes de finale à Flushing Meadows, battu par André Agassi. « Cette odeur de graillon dans les tribunes m’a empêché de développer mon jeu. J’avais l’impression de jouer dans un fast-food et du coup, je me suis senti lourd sur le court », se justifie-t-il après la rencontre.

Crédit : DR. PHM quitte le court de Wroclaw suite à une défaite.

Paul-Henri Mathieu confirme ses progrès fulgurants en 2004 puis 2005, même s’il continue à plafonner en majeur. Durant cette période, il remporte 5 Masters 1000 (Montréal, Monte-Carlo, Rome et Paris-Bercy deux fois) avec en point d’orgue l’édition 2005 du tournoi parisien, lorsqu’il bat sèchement en finale Jean-René Lisnard (6-0, 6-0, 6-0), un de ses matches les plus aboutis. « Une humiliation ? Je ne pense pas. Jean-René est arrivé dans le tableau final en tant que le lucky loser. En perdant contre moi, je pense qu’on peut dire qu’il est finalement un happy loser », souligne-t-il au moment de la remise du trophée alors que, dans le même temps, son adversaire fond en larmes sur sa chaise. « C’est la loi du sport, Jean-René. Tu as fait une belle carrière, un beau tournoi. Mais il faut savoir laisser la place. C’est mon tour ! » Acclamé par le public du POPB à la suite de cette réponse, ce moment marque le début d’une véritable idylle entre le Strasbourgeois et le public parisien. Paulo a 23 ans et ne cache plus ses ambitions. Titres en Majeurs et place de numéro un mondial sont dans sa ligne de mire. Et il compte bien se donner les moyens de ses ambitions.

Sur les traces de Noah

Quelques mois plus tard, c’est un autre match qui fait basculer la carrière de PHM et celle d’un autre joueur, Rafael Nadal. L’Espagnol, vainqueur l’an passé en finale contre Mariano Puerta, est le grandissime favori de ce troisième tour. Mais PHM n’a rien à perdre. Après plus de 4 h 30 d’un match d’une intensité irréelle, le Français s’impose en 4 sets (5-7, 6-4, 6-4, 6-4). Un succès fondateur. « Battre Rafa n’était qu’une étape. C’est une belle perf, oui, mais pas un exploit. » Et pour cause, quelques jours plus tard, non sans avoir accroché à son tableau de chasse Hewitt, Djokovic, Ljubicic puis Federer en finale, Paulo remporte son premier tournoi du grand chelem, le premier pour un Français depuis Yannick Noah en 1983. « C’est le plus beau jour de ma vie », lâche-t-il sur le plateau de Lionel Chamoulaud, après sa finale gagnée face au Suisse (7-6, 7-6, 7-6) sous les yeux d’un court central en extase. « Certes, j’ai pu bénéficier d’un tableau abordable et je ne me suis jamais senti en danger dans ce tournoi, mais ce qui compte, c’est de compenser ce que mes prédécesseurs n’ont pas été capables de faire pendant 23 ans », balance-t-il, n’oubliant pas de remercier les membres de son staff, Henri Leconte, Guy Forget et Sébastien Grosjean.

Mais rien ne sera plus comme avant pour Paulo après ce triomphe. Et pour cause. Alors qu’il fête sa victoire dans une célèbre boîte de nuit de la capitale, il glisse sur une flaque de vodka-Red Bull alors qu’il mime sur le podium le geste d’un service avec une bouteille de gin. Il chute lourdement avant d’être évacué dans la consternation générale. Le verdict est sans appel : rupture totale du tendon rotulien. Sa saison est terminée et le voilà lancé dans une course contre la montre pour revenir sur le circuit à temps et remettre son titre en jeu l’année suivante.

Crédit : DR. PHM fait parler sa vista à Wimbledon.

Il renoue avec les terrains lors du tournoi de Monte-Carlo, en avril 2007, après 10 mois d’arrêt complet. Un come-back attendu qui tourne court. Après 26 minutes de jeu, il est éliminé dès son entrée en lice par Bernard Tomic (6-2, 6-0). Sa participation à Roland-Garros n’est pas remise en cause, mais les semaines qui suivent n’incitent pas à l’optimisme : défaite d’entrée à Madrid contre Fernando Gonzalez, puis à Rome, face à Nicolas Massu.

La chute

C’est donc sans la moindre victoire ni beaucoup plus de repères qu’il débarque sur les courts de la porte d’Auteuil, avec un statut de tête de série numéro 18 qui lui offre un premier tour a priori abordable face au jeune Juan Martin Del Potro, 19 ans et plus jeune joueur du top 100. Mais là encore, c’est la désillusion. L’Argentin éclabousse la rencontre de son talent et l’emporte nettement (6-1, 6-3, 7-6) après deux doubles fautes consécutives du Français dans le tie-break du troisième set. Paulo, à bout, fend la carapace en interview d’après-match aux côtés de Nelson Monfort. « Je crois que le moment est venu pour moi. J’ai gagné la Coupe Davis, Roland-Garros… Ma place n’est plus seulement aux côtés de Yannick Noah au Panthéon du tennis français. Elle est désormais chez moi, au calme. Marre de ces conneries. J’arrête ! »
À 25 ans et seulement un an après avoir soulevé la coupe des Mousquetaires, Mathieu stoppe donc sa carrière de façon aussi prématurée que brutale. Loin des modèles de longévité type Fabrice Santoro ou Arnaud Clément, il aura tout de même plus que contribué à réveiller une France de nouveau ambitieuse sur l’échiquier du tennis mondial.

Fake news :
– PHM n’a pas remporté le 5e match de la finale de Coupe Davis face à la Russie
– il n’a pas été invité au journal de 20 heure à la suite de cette rencontre
– il n’a pas été en demi-finale de l’Open d’Australie en 2003
– il n’a pas été éliminé de RG 2003 par Nicolas Coutelot, mais par le futur vainqueur, Gaston Gaudio, au 1er tour
– il n’a pas été éliminé de Wimbledon en 2003 par Mark Philippoussis, mais par un autre Australien, Scott Draper, au 1er tour
– il n’a pas été éliminé à NY en 2003 par André Agassi, mais dès le 1er tour par Ivan Ljubicic ;
– il n’a remporté aucun Masters 1000 durant sa carrière
– en 2006 à RG, il ne gagne pas contre Rafael Nadal, qui s’impose en 4 sets
– il ne gagne donc pas RG en 2006
– il n’a pas perdu contre Bernard Tomic en 2007 à Monte-Carlo
– il n’a pas non plus disputé de match contre Fernando Gonzalez (Madrid) puis Nicolas Massu (Rome)
– il n’a pas affronté Juan Martin Del Potro à Roland-Garros en 2007
– il n’a pas arrêté sa carrière à la d’une blessure contractée en discothèque
– il n’a pas arrêté sa carrière à 25 ans en 2007, mais 10 ans plus tard après un ultime parcours à Roland-Garros

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